Le fil de l’encre
qui court
réparant réparant
les bords irréguliers de plaies éparses
ainsi
le poème est cousu
dans la peau
chair vive qui fut jadis blessure
Anne Bregani
Gerard Garouste
Le fil de l’encre
qui court
réparant réparant
les bords irréguliers de plaies éparses
ainsi
le poème est cousu
dans la peau
chair vive qui fut jadis blessure
Anne Bregani
Gerard Garouste
l’œil
le long du soir
se mêle à la rumeur des pierres
à la poussière
du ciel qui prend feu
il égrène les ombres lasses
les lieux
par où l’amour est passé
il a le goût de l’encre noire –
n’en déplaise à sa propre écriture
il se souvient
autant du miroir tremblé
que du visage en-dedans
qui pleure

la mer
plus sourde
plus lente
avec un trait d’écume
sans cesse
à l’abord du rivage
l’air retient
la chaleur du jour
la main s’y accroche
comme un oiseau au ciel
le silence
du poème pour ne rien
érafler

Valentina Luraghi
incassable est
le récit
où je m’enferme
chaque soir
un peu plus
pluie
poussière
un fil de lumière
léger
quelques mots
seulement –
juste assez
pour que mes yeux
dans l’eau
baignent

Jason Decaires
: qu’adviendra-t-il de l’espace
qui m’appartient quand
je n’y serai plus ?
dans l’ombre.
sur le dos.
je me souviens.
je veux oublier.
je ne suis pas plus vieille
que je ne le fus jamais : détail de mon visage
dans le miroir gravé par mes ongles :
écouter dans l’ombre.
avec quelle peine
mon cœur bat.
Mila Haugová
Emmanuelle Becker
ton visage
se détourne vers un rang
de pierres desséchées
juste en dessus
la lenteur rousse boit
la lumière du soir
je te parle – encore des mots
sans adresse
ni poids
comme si les ronces étaient
la seule conscience
du jardin

Michel Dheurle
Au bord du
carré ébloui
les cassis odorants – coriaces – odorent
et je regarde
la pie sur l’herbe fraîchement coupée. Blanches
rémiges rangées sur le corps noir
beau ventre blanc et flancs quelle
mécanique suscite ainsi
ses saccades éblouissantes
m’étourdissent
Adèle Nègre
Lua Ribeira
ce fil
mince de lumière
sur l’épaule du soir
le mur
s’empare de l’éclat
l’ombre cède
et sur l’envers
apparait
ce qui au jour
s’ouvre
en secret

Marchi
La fin du soleil rasoir
Le manteau d’arbres léopardés
Les lignes temporelles
Et
Un claquement de doigt.
Le village transpire
Les martinets nagent
S’étiole la compagnie.
Quand je suis devenue oiseau, je suis devenue martinet
Devant moi, vivait un peuple d’air aux sons bénéfiques
J’ai aimé disparaître, sortir du temps.
Marine Vassort
Clara Chichin et Sabatina Leccia
J’ai marché avec les navires
me suis tenue près des ponts
on m’a jetée à la rue
avec les feuilles tombées des ormes.
J’ai possédé un automne
un nuage de lumière
près d’une sombre cheminée
et un nom étrange
que personne n’a pu deviner.
Leah Goldberg
Newsha Tavakolian