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Au risque d’écrire à un(e) presque inconnu(e)
une lettre d’amour à partir d’un presque rien
qui vous a traversé
dans une fulgurance inconnue
de vous jusqu’alors.
Anne Dufourmantelle
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Au risque d’écrire à un(e) presque inconnu(e)
une lettre d’amour à partir d’un presque rien
qui vous a traversé
dans une fulgurance inconnue
de vous jusqu’alors.
Anne Dufourmantelle
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plusieurs
ce qu’il en reste
celle qui est là et l’autre – toi peut-être aussi – et
moi moi
cercle sur cercle
solide chaos
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il n’y a plus ni surface ni fond
et nos silhouettes se baignent blafardes
rien à signaler
– y suis-je encore sans suite
enfant perdue faille trou dans l’archive
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Denise Desautels
Maite Gerrero
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finalement tu atteins
le dimanche où sont amarrés des nuages
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repos, tout comme d’un mensonge
se méfier des regards à l’affut
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il joue sur le clavier
jours blancs et nuits noires
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joue demain
cette chaine du bonheur
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la mort libérée de l’ombre
verrouille le ciel
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Bei Dao
Alex Veledzimovich
plus tard
nous avons parlé
de nous
des autres
de ce qu’il advient
quand l’hiver passe
sous la peau
nous étions là
à nous écouter
quand soudain la lune
est devenue rose
j’ai pensé
elle vient
retirer le poids
des mots
ou des gestes
qui jamais ne pourront
voir le jour
Jacques Bonenfant
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On n’est pas heureux
Sous l’azur fragile.
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En ce jardin je sais je ne sais quoi.
Les feuilles sont un peu plus larges,
Un peu moins vertes que leur nom.
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L’azur enfante l’ombre
(Le fruit de sa pourriture).
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La terre aborde son silence
Qui l’attendait.
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Jean Tortel
Jordi Ruiz Cicera
XIX
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assez longtemps après
ce ne sont plus les dessins qui viennent
mais le bleu
.
vrai
il ne servirait à rien de retourner
.
il ne sert à rien même
de se retourner
encore
.
encore que
les arbres oui peut-être les arbres
le double platane
peut-être
le vent ou le rien des ces soirs
dans la vitre et cet espèce de calme
intense
.
Ce fouillis de feuilles
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de quoi fait-il vraiment
se souvenir
on se demande
.
Antoine Emaz
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La guerre, la guerre ! – Encens et icones –
Les éperons jacassent,
Mais je n’ai rien à faire ni du tsar
Ni des querelles des peuples.
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Comme sur une corde fêlée
Je danse – petit danseur.
Je suis l’ombre d’une ombre. Je suis lunaire
De deux sombres lunes.
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16 juillet 1914
Maria Tsvétaieva
suis
les bêtes
qui traversent
le rêve du matin
avec elles
les prés d’or
la lenteur des nuages
la lumière douce
et les ombres
portées
aussi
la petite flaque
de têtards
derrière la grange –
noire pulsation
au cœur du bocage
et le sentier caillouteux
où jadis
un gros bâton te tenait
la main

Albert Louden
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Une vitre opaque dérange parfois la matière du monde
élague le rêve du regard
et nous fait toucher ce que nous ne voyons pas
.
La réalité se concentre alors sur un insecte
apparemment exclu,
sur sa mort sans style,
sur le calice inerte de sa minime histoire.
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La réalité s’égoutte,
patiente distillation
qui mouille la vitre opaque
et aussi nos doigts.
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La réalité est une histoire
minime et voilée.
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Roberto Juarroz
Dan Mattews