(de) Nature morte

.

Voilà. Je suis prêt. Commencer.

Peu importe par où. Ouvrir

la bouche. Je peux me taire.

Mieux vaut que je parle.

.

De quoi ? Des jours, des nuits,

ou bien encore de rien.

Ou encore des choses.

Des choses et non des

.

Gens. Ils mourront.

Tous. Je mourrai aussi.

Vaine entreprise.

Comme d’écrire au vent.

.

Joseph Brodski

Max Miechowski

L’arche




assis

sur le pont arrière

nous attendons

que le bateau bouge


autour de nous

des gens seuls

des couples taiseux

quelques familles

désargentées


ce chien

dont la tête dépasse

d’un sac à main


une sirène

sur un siège

que personne ne semble

remarquer

André Lichtenberg

(de)Ancestrale

.

On entend

toujours une voix

Toujours

on regarde un visage

On attend

heure par heure qui

doit arriver

On épie

son retour

ses aubes

son approche dans l’air

du soir

Seule à présent

Tu chutes dans le précipice de tes cris

.

Goliarda de Sapienza

Andy Feltham

Lettre à M.


tu parles

de la neige qui tombe

depuis deux jours


de la rue qui a disparu

des voitures

pareilles

à des ombres blanches


tu parles

du petit chien qui enfonce

dans le jardin


du froid

à travers la vitre

d’une porte

qui ne ferme plus


ta voix vient de loin


j’essaye de savoir

si tu vas bien

Elene Shengelia

Rue a disparu


sur le sentier

qui monte au ciel

le cœur battant

je vous attends


le jour se retire


à voix basse

je vous appelle –

avez-vous perdu

le chemin

Mark Power

Hémorragie

.

Dans l’encadrement

tu te tiens

droite

et tu appelles le chat

absent ce matin

.

Assis à la table

je te regarde de profil

et je pense qu’il va falloir

quitter ce moment

comme tant d’autres

sans y être jamais

préparé

.

Dominique Ané

Amenda Jasnowski Pascual

Drôle de vie tout de même



c’est

toujours après

que la lumière

manque


après la porte

fermée


la voix tue


la main

qui lâche prise


après l’attente

du jour

qui ne reviendra pas

Caroline Dufour

Incidence



ce qui

tient encore

dans le blanc de la page

ce sont les choses

d’avant


ces choses

que je n’ai su défendre

ni reconnaître

quand elles étaient là


leur silence

encore quand j’écris

Chloe Meynier

Une vie sans fin



suis les bêtes

qui traversent dans le rêve

du matin


derrière elles

les prés d’or

la blancheur des nuages


les sentiers lents

que le soleil dépasse


dans l’herbe mouillée

ce bâton de noisetier

avec lequel tu marchais

enfant

Aaron Canipe

Cela et autre chose



flocons de brume

lentement

sur le trottoir encore tiède


les corps disparaissent

comme si

le jour les avait rêvés


je voudrais

n’avoir plus rien d’autre

à écrire


partir

comme si moi-aussi

je pouvais m’eveiller

Hülya Cömert