Le pain dur

si longtemps

que la langue bouge

la somme reste la même –


le corps est dans la tête

il y souffle le feu


et dans le débord

de flammes qui s’allongent

jusqu’à toucher l’âme


à son insu

sa voix porte peu

Massimo Léardini

(de) Jour des morts

.

Il y a un cimetière

ma main qui grince

sur le portail il y a

une tellement véritable allée

mes pieds sur le gravier

j’avance les fleurs sont

je me penche fatalement

jaunes où tu demeures

.

Chantal Ravel

Ni Tanjung

Denise Desautels

.

« Comme poète, il me semble qu’on est toujours en danger de répétition. De piétinement. Avec le temps, on arrive à se créer un langage, un univers, un style, quelque chose de précieux avec lequel on se sent à l’aise et qu’on devrait pouvoir pousser toujours plus loin, transformer à sa guise. Or, je n’ai jamais été sûre d’avoir cette aptitude naturelle pour la métamorphose » – Denise Désautels

(de) L’œil se scrute »

.

arrachés

à la grotte

.

coupés

de la terre

par la soif

.

de la main

par le doute

.

du verbe

par les mots

.

coupés

de nous-même

par l’œil

insatiable

.

tant de fois

orphelins

.

et nous

cherchons

la mère

.

Charles Juliet

Olivier Debré

(de) Le bruit des abeilles 

.

cela s’approche

fait frémir les buissons

où les oiseaux se taisent

.

cela vient de loin

.

si je n’étais pas encore née

ce serait un bruit d’eau

.

Cécile Guivarch

Erika Huffman

Poésie de l’absurde




sachant

que la mort n’existe pas

laissons nos portes

ouvertes

et dans un même souffle


brûlons tout ce qui vit

à portée


il serait dommage

de ne pas en profiter

Anonyme

(de) Terre mentale

.

Je te cache

dans la pulsation.

.

Tu n’es plus.

Deux fois.

Noir

noir

entre les yeux

ne se détachait

de l’angle.

.

Esther Tellerman

Rosalind Fox Solomon

(de) De l’air

.

journée

le soir absorbe plus ou moins bien son poids

voilà tout

.

la mer n’aide pas on entend son bruit

de fond de mémoire sans cesse

sa lessive habituelle

.

continuer

pour quel plus loin d’air quel

espace encore à ouvrir

avec les dents les mains les mots

.

ne pas laisser comme c’est

.

Antoine Emaz

Francesco Roméro

(de) Journal du silence

.

Vendredi

Bureau, chaises et Mathilde en face.

Mathilde, 18 ans, intense inquiètante, sourcil noir épilé en une virgule arquée qui surmonte un regard brillant, fixe, étange. Un œil d’aigle. Il va falloir parler avec elle (Travailler avec les autres).

.

Avril Caumes

Ulrike Hannemann

Ne pas savoir est Bouddha



le soir

doucement

jusqu’à sentir

ta main dans la mienne


la nuit entre peu à peu

je ferme les yeux


j’ai peur

que tu disparaisses


un peu de fraicheur

par la fenêtre


je reste là

sans savoir où nait

le rêve


je me dis tout bas –


mille fois la rivière

mille fois la rivière


mille fois la rivière


je souris

tu es là

Caroline Dufour