une ombre
effleure
la peau des murs
puis les voix –
plutôt une rumeur tiède
s’enroulent
dans le halo bleu
l’accoudoir
chavire sous ma tête
je tombe
à l’envers du jour

Caroline Dufour
le chat
noir et blanc
qui vient
le soir dans le jardin
je l’appelle
KAWAMURA
KAWAMURA
parle trois langues
il prépare le thé
cuisine
la viande blanche
il sait rouler
des épaules
crache mieux
qu’un officier
ceci dit
comme il vit
sans ami
le chat KAWAMURA ignore
qu’il vieillit

Ce retrait
où garder
la lumière d’hiver
et l’obscurité,
les mots très bas
rendus à la terre,
un chant qui reste
à reprendre.
La terre
Garde
arbres, chemins ;
à terre,
restent
brindilles
et lichen
où s’accroche
sur le tard
l’or peut-être
de la lumière.
Reste
une note juste
de lumière
dans un carnet
des chemins.
La nudité
ne s’oublie
pas.
Pas.
Jean Gabriel Cosculluela
Basso Cannarsa
Une fois pour toutes
Tu as nommé
Le monde où je dois vivre
Chaque chose
Est signe
Avant d’être chair
L’arbre le blé
La vigne
Le sang des terres
M’emporte
Tu fus ma naissance
En toi
Ma mort aura lieu
J’écoute
Venir ta vie
Hélène Cadou
Ana Vallejo
La voie tracée par les oiseaux
va d’une saison à l’autre
nous traversions des jardins
à contre-courant, vers l’enfance
les eaux claires
dans le bassin
nos jeux dispersaient
le cercle des pluies
fétu de paille, je savais brûler
quand toi, chêne d’hiver
accueillais la neige sur tes branches
Mes mains sur tes yeux clos
Là est le temple.
Cécile A. Holdban
Matthias Olmeta
des choses si simples
une chambre, un lit
quelqu’un qui dort
ou qui ne dort pas
une respiration de mots
jamais dits
entre les murs
qui abritent ailleurs
maintenant
Heather Dohollau
Gregory Crewdson
maintenant
les terrains vagues
et les oiseaux
te coulent sur la peau
si nombreux
si lourds
tu trébuches au coin
des prés
il y a bien trop de ciel
dans ton visage
trop peu de route
pour soulever la nuit
seul tu chancelles
et tout ce que tu voudrais dire
alors
n’est qu’un étourdissant
bruit d’aile
Germain Tramier
Fatma Haddad (Baya)
J’appelle quelqu’un qui appelle
le pont est long et vide
Je cours vers la réconciliation
l’asphalte est violent les réverbères
qui s’écartent
et les rails enflés
qui traversent le cœur
J’appelle quelqu’un qui appelle
quelqu’un qui appelle…
Inger Christensen
Shin Noguchi