dans la partie
blanche
de ce que je célèbre –
l’un sous terre
et l’autre tombant*
quelque chose
revient au réel
et je me laisse
enfin dire
non ce qui fut
ni ce qui aurait du
être
mais ce qui longtemps
manqua

Rehaf Al Batniji
- Bernard Noël
(JE TE CONNAIS, tu es très courbée
Et moi, le transpercé, te suis assujetti.
Où flambe un mot qui témoignerait pour nous deux ?
Toi – tout à fait réelle. Moi – tout entier folie)
Paul Celan
Bertrand Delais
Elaborant ma finitude
sans me laisser devenir
monstre
je m’aime aménité
Ne disant rien
préoccupée par un mirage
sans mot pour le décrire
je me forge un visage
entrant en dieu-de-moi
en maître-dieu-de-moi
Je veux
Je sais
Je veux.
Françoise Coulmin
Julia Tatarchenko
Il y aura toujours dans mon œil
une invisible rose de regret
comme quand au-dessus d’un lac
a passé l’ombre d’un oiseau
Philippe Jacottet
Federica Erra
Le céleste est parti voici longtemps,
Chevauchant la célèbre grue jeune.
De la légende rien ne demeure, sinon
La tour de la grue jaune.
La grue jaune s’en est allée sans espoir de retour
Vers les nuages blancs dérivant,
Sur des milliers d’années.
Le reflet des arbres verdoyants de Wuhan
Si clairs dans les vagues luisantes du soleil,
L’herbe grasse de l’ile du perroquet
Au crépuscule – où est ma maison ?
La brume mêlée de fumées sur le fleuve
Ajoute au regret
Cui Hao
Armand Schultes
sur le chemin
de la noyeraie
j’implore
quelque chose
pour te retenir
ta voix s’efface déjà
bientôt
ce sera le visage
il y aura
un dernier regard
et juste après
la nuit tombera

on marche dans le jardin
il y a peu à dire
seulement voir la lumière
sur la haie de fusains
un reste de pluie brille
sur les feuilles de lierre
Antoine Emaz
Anthony MOREL