Jusqu’où dénouer (4/8)


j’ai couvert

les lèvres

la joue

le cou – cette blancheur fragile

d’un baume

pour que ça tienne

jusqu’au bout

ensuite

j’ai plié mes mains

les ai rangées

dans une région basse

où même la lumière ne peut

entrer

Diana Markossian

Jusqu’où dénouer ? (3/8)



tandis que l’œil

s’enfonce

dans le reflet de l’après

plus étroit

plus pâle

le défaut de mots tient

la douleur debout –

il faudrait

que le vent porte au loin

la vie d’avant

avec tous ces visages

rieurs

à jamais figés

sous la neige

Will Hopper

(de) Des falaises


jamais le cœur si grand

qu’en haut d’une falaise


la place pour qu’il s’étende

ouvre son ciel


plein soleil

plein vent


être à soi à l’autre

au monde


pleinement


Mélanie Leblanc

Bertrand Delai

Souviens-toi de demain


châteaux

de fer

et nuits d’orage

artifices détrempés

esprits

pareillement au songe

aliénés

sable poussière

nid de poussières

mots écornés

quoi d’autre

encore ?

l’aube est silence

d’un conduit de fumée

quelques mots rougis

sous un voile de fumée –

suis-je bien

celui que tu as aimé

?

Kati Dovelos

(de) Le noir au ciel

dans l’angle où on dort, une équerre de bois ferme le ciel, on écoute la nuit descendre dans la voix la plus basse, un souffle court dans les feuilles par l’herbe plaquée, couleur de bête morte, sous le temps qui penche disparaît un pays sans bruit, les mains serrent sur le drap le froid découpé vif dans la fenêtre, où on regarde on ne rejoint plus rien, on respire mal par les trous du sommeil, la lampe n’éclaire pas dehors, à peine un faisceau de gris aux bords rongés, et l’humidité des arbres, mais à portée des yeux le fil droit des rainures de sapin, la nuit de la fenêtre, plus noire dans le noir quand on allume la petite ampoule, une bête longe la barrière


Mary-Laure Zoss

Patxi Laskarai

Jusqu’où dénouer ? (2/8)


une feuille

le vent

la feuille renvoyée

aux branches

un arbre chétif

l’air –

l’air en tant qu’il se respire

la terre d’où jaillissent

nos pas

la brume amoureuse m’enserre –

étrange sensation

je marche le cœur vide

à contre-courant

sans savoir

si la fin est derrière

ou devant

Damien Daufresne

Jusqu’où dénouer ? (1/8)


vitres claires

un oiseau –

échappée lente

dans le ciel tremblé

les branches nues

d’autres départs

en silence

comme si rien ne pesait

un couple passe

dans la lumière blanche

leurs rires

une lumière proche

ton visage – un instant

ta bouche

un mot inachevé

tout ce que novembre prend

sans rien retourner

Katya Kalyska

En corps



enroulés

dans le vent qui mord

la falaise

de l’arrière vers l’avant

et d’un bout à l’autre du versant

ils balancent

hilares

jusqu’à l’instant

où leurs mains cédant

ils plongent au coeur

de l’ouragan

Cédric Klapisch

(de) Les rideaux oranges


Marelle au bord des larmes ce matin, craquante

de larmes (beaux yeux en amande ou, au plus noir

de la nuit, vulgaire noix, noix aveugle ?) ; brise

légère. Mer lisse. Marelle qu’un enfant

berce de ses jeux transparents, de ses rires.


Nous serons emportés. Regardez les fleurs,

la rosée… Mais quel naufrage à cette hauteur

ridicule ?


Laurent Cennamo

(de) Errer mortelle


Pour seuls vivres

l’os du chemin

rongé par la lumière


pauvre est le sol

où s’use la pierre

sous les rafales du vent


citernes vides

remplies d’échos

sources taries dans l’air hautain


le chemin n’est que poudre d’os

dans la paume de la terre


José-Flore Tappy

Patxi Laskarai