(de) Chemin d’éveil


s’il

convient maintenant d’ouvrir les yeux,


ce

sera comme on remonte du fond d’un lac,


brasses

lentes de la pensée,


vers

la surface enfin

où nous attend d’une seule vue


l’étrangeté

des commencements.


Patricia Castex-Menier

Marine Lanier

Le voyeur  

la table est mise

on s’assoit

une main se tend

il manque le pain

quelqu’un se lève

recule sa chaise

on passe les assiettes

les voix se resserrent

on dit peu de choses

la main revient

un visage surgit

à la fenêtre

la nuit reste dehors

Will Hooper

L’autre rive


le silence

change de rive


quelque chose a éteint

la distance

et nous voici maintenant

plongés dans la nuit


nos ombres

s’éloignent l’une de l’autre

chacune va vers le silence

vers sa vérité

Le postier tchèque

(de) Leçons


Misère

comme une montagne sur nous écroulée.

Pour avoir fait pareille déchirure,

ce ne peut être un rêve simplement qui se dissipe.

L’homme, s’il n’était qu’un noeud d’air, faudrait-il, pour le dénouer, fer si tranchant ?

Bourrés de larmes, tous, le front contre ce mur, plutôt que son inconsistance, n’est-ce pas la réalité de notre vie qu’on nous apprend ?

Instruits au fouet.


Philippe Jaccottet

David Hurn

Sous la neige



sans bruit

la neige

recouvre les choses –


les arbres

les toits

jusqu’au chemin qui dessert

l’arrière-cour


une forme sombre apparaît

au loin


est-ce

mon regard qui s’égare

ou la neige

à force

qui déplace les ombres

Caroline Dufour

L’autre côté



dormir

à même la nuit


sans attendre

le bruit de ton pas

sans imaginer ta main

sur la mienne


dormir

à l’envers de soi

sans tourner la tête 


dormir

sans rien vouloir

promettre

Dominique Hérion

Sans titre


Et les nuages sont longs

ta langue sans prière


en cet instant illuminé

les feuilles repliées à peine

visibles et vertes

le vent agite tout ce qui bouge

vibre sur tout ce qui est


tu n’attends pas de réponse

dans ta poitrine ouverte

le soleil s’est logé entier


Noée Maire

Claire Dias Lachèse

Traverser l’instant


un chat

inconscient

du poids des heures –


pas Kawamura, un autre

s’étire


sur le seuil de la porte

je lui envie sa grâce

ce silence

lui il sait


moi j’apprends

à me tenir là sans bouger

Kono Bairei

Terrain vague



un après-midi

sans bord

ni fin


la lumière y est douce

le vent pousse au loin

les ombres


des bris de mots

épars

jonchent la chambre


le silence

à mesure leur trouve

une forme

Olivier Debré

Ce qu’il en reste





des ailes –

de je ne sais d’où

traversent le jardin

je lève les yeux


rien


rien

que cette clarté étrange


un instant

sur mes paupières


puis qui disparaît

comme si je l’avais rêvée

Davis Hurn