(de) Préludes

 

Le soir d’hiver choit dans les ruelles

Parmi des relents de grillade.

Il est six heures.

Les mégots de jours enfumés.

Voici que l’averse en bourrasque

A nos pieds plaque

Des bribes de feuilles souillées

Et de vieux journaux arrachés

Aux terrains vagues ;

Contre les jalousies brisées

Et les tuiles des cheminées

L’averse bat ;

Un cheval de fiacre esseulé

Au coin de la rue piaffe et fume.

Puis les réverbères s’allument.

 

Thomas Stearns Eliot

William Turner

 

 

Thomas Stearns eliot

 

Me voici donc à mi-chemin, ayant eu vingt années

– en gros vingt années gaspillées, les années de l’entre-deux guerres –

Pour essayer d’apprendre à me servir des mots et chaque essai

Est un départ entièrement neuf, une différente espèce d’échec

Parce que l’on apprend à maitriser les mots

Que pour les choses que l’on a plus à dire, ou la manière

Dont on a plus envie de dire. Et c’est pourquoi chaque tentative

Est un nouveau commencement, un raid dans l’inarticulé

Avec un équipement miteux  qui sans cesse se détériore

Parmi le fouillis général de l’impression du sentir,

Les escouades indisciplinées de l’émotion. (…)

 

Thomas Stearns Eliot – extrait de Quatre quatuors