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curieuses
ces deux maisons
appuyées
l’une contre l’autre
rien ne passe
par le milieu
ni souffle
ni ombre
même la lumière n’ose
s’aventurer
jour
après jour
à reculer
dans l’effritement
des choses
la lumière devient
pâle et rose
la rue
long trait qui s’étire
jusqu’à l’entrée
se tait
peut-être
vivons-nous déjà
à l’autre bout
du songe

Jonathan Waiter
« Je suis très attaché à l’idée que nous ne parlions pas tous la même langue. Non pas pour des questions d’appartenance ou d’enracinement, mais pour la richesse qui en découle. Quand j’étais étudiant à Paris, je me souviens avoir demandé à un ami de me traduire les poèmes de Mallarmé, et la version qu’il en donnait était délirante. Les images changeaient. Il trouvait des équivalences bizarres et ça créait une langue magnifique. C’est ce que j’aime dans la poésie : elle est difficilement traduisible. »
Jim Jarmusch – Entretien avec Laurent Rigoulet –
Le lieu prend le nom de la pierre
la pierre porte le nom de la montagne
à moitié chauve au loin
la pierre ne se voit pas
au-dedans de la pierre
sous elle
se cache une forme d’enfant
tenant bâton, oiseau, balle.
Je tire des histoires par la manche
« Maintenant je n’appartiens qu’au soleil ».
Moi aussi, comme toi, je
sais à présent :
« Il faut des ailes pour atteindre le proche »
Israël Eliraz
Où es-tu :
Qui ?
Sous la lampe, entourée de noir, je te dispose :
En deux dimensions.
Du noir tombe
Sous les ongles, comme une poussière :
Image sans épaisseur, voix sans épaisseur
La terre
Qui te frotte
Le monde
Dont plus rien ne te sépare
Sous la lampe. dans la nuit. entourée de noir. contre
la porte.
Jacques Roubaud
J’ai entendu
Un cri de coq
Dans une feuille
Que j’ai froissée.
Je me suis penché
J’ai vu que la feuille
Avait une forme de crête.
Malcom de Chazal
Len Jessome
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Volant ainsi
Dans un ciel voilé
On finit par ne plus discerner les pays lointains
Qu’on croyait bien connaître
Par ne plus discerner les bois flottés dérivant au loin.
Leur moitié sèche
Leur moitié humide
L’une comme l’autre
On ne peut plus les distinguer.
Ni les haies vives des haies lointaines.
Ni les ciels lointains.
Ni les cœurs lointains.
Et à force
De ne plus rien distinguer,
Je me retrouve à voler
dans un miroir volé.
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Yasumizu Toshikazu (extrait de l’oiseau)