« Plus j’aboutis à quelque chose d’éloigné de mon point de départ, plus je me dis que ça valait le coup d’y aller. Il y a ceux qui tiennent à faire ce qu’ils ont voulu faire, et ceux qui espèrent faire quelque chose qu’ils n’avaient pas voulu faire. Que ce soit en écrivant de livres ou des films, tout le processus pour moi, est d’attendre de l’inattendu, d’espérer de l’inespéré. » Emmanuel Carrère
Au fusain
(de) Nature morte
Choses et gens nous
entourent. Et les deux
déchirent l’œil.
Je suis assis sur un banc
du parc et je suis des yeux
une famille qui passe.
La lumière me répugne.
C’est janvier. L’hiver.
Selon le calendrier.
Quand le noir me répugnera,
alors je parlerai.
Joseph Brodsky
Cécile Hesse & Gael Romie
Soleil
Carrare là où la campagne donne le marbre
Là où j’ai passé un été
Les alouettes il n’y en avait pas et les serpents ne sortaient pas
Le soleil simplement d’un tapis de prunes bleues est sorti
Puis vers le tapis de prunes bleues s’est incliné
Et l’adolescent dans la rivière attrapa un dauphin
Junzaburō Nishiwaki
(de) Croix et délice
Esprit fidèle
André Velter
« Avant de savoir si j’apprécie ou pas le texte que j’ai sous les yeux, j’aime à ce qu’il ne ressemble à rien de connu. Dès qu’un référent se superpose ou reste en filigrane, la lecture perd beaucoup de son intérêt pour moi. On peut bien sûr déceler dans un poème des résonances, des résurgences, des influences, mais ce qui est vraiment décisif, ce sont les sonorités inédites, les alliages de sons et de sens qui n’avaient pas encore été tentés, risqués, expérimentés. »
André Velter
étoile d’amour
tes yeux attendent devant ma vie
comme nuits, qui se tendent vers les jours,
et le rêve lourd repose sur elles incréé.
des étoiles étranges regardent fixement vers la terre,
couleur métal avec l’errance de la nostalgie,
avec des bras brûlants qui cherchent l’amour
et dans la fraîcheur n’agrippent que de l’air.
Else Lasker-Schüler
Le proche et le lointain
Rêve froid
A l’ombre du jardin
Sur la chaise longue
Pendant la sieste
Les vrilles du volubilis ont poussé
Les vrilles ont poussé puis
Ont enlacé ses jambes
Ont rampé sur son cœur
D’un cœur amoureux
Pénétré son nez
Son crane
Y font scintiller mille fleurs
Comme un feu d’artifice
Et alors dans son jardin
Au mois d’août
Une neige fine mais indiscutable
Est tombée
Tsesuo Shimizu
