Lésion

.

La couleur afflue à cet endroit, rouge morne.

Tout le reste du corps est sans tache,

Couleur perle

.

C’est dans une cavité de roc

Que la mer vient aspirer,

Un seul creux suffit à la concentrer tout entière.

.

De la taille d’une mouche

La marque du destin

Rampe le long de la paroi.

.

Le cœur se ferme,

La mer se retire,

Les miroirs sont voilés.

.

Sylvia Plath

Morton Bartlett

Une vie comme ça

.

un sol

avec trois coquilles –

fruits anciens

que la mousse

a gagnés


l’eau –

un jus noir

et puant qu’une pompe –

sans fin soulève

et repose


cette enfant – le vert

de ses yeux – le matin

qui jette des miettes

du haut

des cieux

Marta skyro

(de) Nature morte

.

Arbre. Ombre. Terre

sous l’ombre pour les racines.

Monogrammes enlacés.

Argile. Rangée de pierre.

.

Racines. Leurs entrelacs.

Pierre dont le propre poids

arrive à libérer de

tout ce système de nœuds.

.

Elle ne bouge pas. Impossible

De la déplacer, de l’emporter.

Ombre. Homme dans l’ombre,

comme un poisson dans la nasse.

.

Joseph Brodski

Robert Darch

Faux mouvement


une fenêtre

claque

je sursaute

puis des voix

dans la rue

le vent

dans les branches

d’une aube à l’autre

l’épaisseur du silence

Will Hooper

(de) Dormir sept ans

.

Tu as laissé ton corps

arrêté quelque part

bien des années

avant déluge,

désastre.

Mais tu fais semblant

de rire et de bouger,

quand la vie est absente

.

Jacques Izoard

Myriam Marlène Waldner

(de) Les signes sont là

.

Il me faut une assise

peu importe dans quel élément

Si je pouvais trouver en l’homme

la fibre à laquelle m’agripper

Si ma tête

était moins lourde à porter

Si le verre

aidait vraiment à oublier

Si l’amour

S’avérait enfin prophétique

.

Et si la seule assise

n’était que dans le si…

.

Abdellatif LAABI

George Byrne

De nouveau en 90

.

Ai rêvé que j’ai fait deux cent kilomètres pour rien.

Lorsque tout a grandi. Des moineaux gros comme

des poules

qui chantaient à vous crever les tympans.

Ai rêvé que je dessinais les touches d’un piano

sur la table de la cuisine. Sur lesquelles je jouais, en

silence.

Les voisins entraient pour m’écouter.

.

Thomas Transtromer

Makoto Fukui

Vers la fin



Poème quantique

par séquence

le vent soulève

la poussière

sous nos gestes usagés

je demeure

assis là

sans vraiment l’être

la scène se répète

sans cesse

l’éternité s’éloigne

à mesure

qu’elle se tait

Kavavawao Mannome

(de) Le Temps au crible

.

C’est derrière la vitre

que tout se joue et se dévoile :

un jardin et sa haie,

un pommier presque en fleurs

et les rumeurs qui bruissent :

tout se joue et s’évanouit

comme le monde à portée de souffle

perdu dans le regard inaccessible

et pourtant si proche

.

Max Alhau

Noah Kalina