des traits
remontent le soir
en surface
un souffle
un mot à demi
parfois les rendent
à la vie
d’autres fois
ce sont
des corps entiers
qui reviennent
jusqu’ici
rêver à pas lents

James Reddinton.
J’ai tout dit à la montagne. Notamment que je n’arrivais plus à vivre. Elle m’a répondu négligemment en soufflant sur mon feu que ce n’était pas grave, que vivre n’était qu’une idée, que la nuit venait tous les jours, qu’il fallait s’allumer une cigarette, laisser bruler lentement, le mauvais bois, le mauvais sang. Le temps ici change vite.
José Gsell
Joseph Mallord William Turner
le givre
les poumons
le ciel gris
le silence à même
les os
voilà tout
ce que j’ai – ami
à confier
je marche
entre deux bords
ma tête résonne
de peu
je vais
sans même savoir
si je vais
à l’endroit
où tu es

.
Et tout en bas l’Inn avec son eau et l’enfant qui
court sur le pont couvert
et s’arrête près d’une des petites ouvertures.
Alors le pont se met lentement en mouvement,
puis toujours plus vite, il s’en va lui-aussi avec l’eau
de l’Inn vers la grande courbe, et après
la courbe, c’est la mer.
Quelqu’un appelle, l’enfant se retourne,
le pont s’arrête et revient aussitôt à sa place.
Seule l’Inn poursuit son cours.
.
Rut Plouda
Erich Heckel
.
Ton œil clair seul est d’absolue beauté
Je veux y couler des coqs, des couleurs,
Toute une jonglerie clinquante
.
Dont tu médites les syllabes –
Calumet, jonquille,
Minuscule
.
Plant sans ride
Mare où les images
Devraient se parer de grandeur classique
.
Non pas ce trouble,
Ces mains tordues, ce noir
Plafond sans étoile.
.
Sylvia Plath
Samson Chen
.
Vous avez laissé dans mes yeux
une étoile obscure,
l’odeur des hivers
entre les pages éteintes
de mes vieux cahiers.
Moi, j’ai vécu au cœur
de votre ciel ardent,
brulant comme vous
ma vie pour rien.
.
Léonardo Sinisgalli
Danielle Jacqui
.
Laver son cœur
Le faire sécher
le repasser
le suspendre sur un cintre
Ne pas le replacer tout de suite
dans sa cage
Attendre
la clé charnelle de la vision
l’impossible retour
le dénouement de l’éternité
.
Abdellatif Laabi
Thom Corbishley
un peu plus
chaque jour
la vague barre
le chemin
d’abord
un œil
halluciné
puis ce bras d’écume
en plein remous
qui présage
aussitôt
un déchaînement

Carlo Zinelli
.
Art et vie
saoul et sobre
vide et plein
culpabilité et grâce
cabane et domicile
nord et sud
lutte et paix
après quoi, nous entr’
apercevons les étoiles,
la fourrure blanche et scintillante
de la Voie Lactée,
entendons l’ours surpris se frayer bruyamment
un chemin dans le delta marécageux
au-dessous de moi
.
Jim Harrison
Andy Feltman