ce mot
qui attend
dans le pli
des lèvres
cette manière
de le dire
sans jamais
le prononcer

Jesse Boyd-Reid
ce mot
qui attend
dans le pli
des lèvres
cette manière
de le dire
sans jamais
le prononcer

Jesse Boyd-Reid
il pleut
dans la chambre
je pourrai
ouvrir la fenêtre
hurler –
« la mort est bleue
les femmes s’enfuient
avec la lune »
je ne le fais pas

Will Hooper
(de) * Extraits du corps – Bernard Noêl
.
« Je te perdrai comme on perd un clair
jour de fête : — je le disais à l’ombre
que tu étais dans le vide de la pièce — attentive
ma mémoire te chercha en ces années
florissantes un nom, une apparence : pourtant,
tu te dissiperas, et ce sera toujours l’oubli
de nous dans le monde. »
Tu regardais le jour
évanoui dans le crépuscule, je parlais
de la paix infinie que le soir
étend sur les fleuves à la campagne.
.
Alphonso Gatto
Lauren Baker
.
Embusquées à l’angle de l’aube
l’anxiété de ne pas te hisser
à hauteur de poème
la tentation du repli
du lâche renoncement
Par effraction
la lumière s’insinue
au travers des persiennes
le crayon du soleil
déjà entre tes doigts
S’accorder
à la croissance de la clarté
sa vigueur intacte
avec les roses
te livrer au matin innocent
Sans jamais ignorer ni taire
l’intarissable rumeur du monde
appels vociférations détresses et agonies
poésie debout
sentinelle
.
Colette Nys-Mazure
Charlie Bobo
.
Car, à cet instant, tu le pressens,
La réalité n’est pas achevée,
Pas encore construite, et demande à l’être comme l’est
Un fruit ouvert, dont on peut goûter la saveur, connaître
Le plaisir ; au fond, tout n’attend de toi
Qu’une seule chose : que tu lui livres en toi
Ce passage charnel
Vers sa plus intime légèreté, son être musical ;
.
Christian Monginot
Franck Creber
la branche
ploie
et l’oiseau disparaît
sans bruit
l’enfant reste
figé
trois doigts
pointés vers le ciel

Peter Hutchinson
.
Comme une trace vérité
Un grand trou noir
L’autre
Une empreinte
Cendre
Jamais éteinte
Désir de paix
Sur un sol muet
Profondeur de l’oubli
Aimer
À perpétuité
.
Michèle Gautard
Gilles Daoust
nos langues
se croisent
sans jamais
se toucher
la mienne
usée
s’empourpre
sous l’effort
la tienne
plus parente
vit
à mes côtés

Miguel Hernandez
.
on s’interroge n’est-ce pas suffisant d’être là parmi tout ce qui s’offre sans fin
se sentant misérable
de n’en saisir
rien
n’est-ce pas suffisant d’être parmi les voix les corps de les toucher parfois d’être touché
et de sentir l’imperceptible
frémissement de
l’air
n’est-ce pas
suffisant
.
Christine Bloyet
Harold Feinstein
.
Ces cordages faits pour retenir les bateaux de rejoindre le vent et de s’y perdre.
La mer est toujours surveillée, vérifiée.
Dès fois qu’elle ne voudrait plus vivre.
Comme il y a des gens qui ne veulent plus partir mais seulement rester là, à vivre dans l’immobilité du temps.
.
Marguerite Duras
Hélène Bamberger