(de) Entrer rebelle en ère de deuil


Elaborant ma finitude

sans me laisser devenir

monstre

je m’aime aménité


Ne disant rien

préoccupée par un mirage

sans mot pour le décrire

je me forge un visage

entrant en dieu-de-moi

en maître-dieu-de-moi


Je veux

Je sais

Je veux.


Françoise Coulmin

Julia Tatarchenko

Cendres (7/9)



la mer commence

son travail

d’effacement

elle polit

les angles du jour

et dans le mouton des vagues

esquisse un être –

ni image

ni oubli

que j’ai tant de mal

à reconnaître

après

je me laisse dire

non ce qui fut

mais ce qui nous manqua

toutes ces années-là

Claire Dias Lachèse

Cendres (6/9)



nulle parole

contre le sommeil

seulement

le rythme des phares

et par instants

des ombres solitaires

voyage au bout

du rêve

je te conduis

dans cette nuit

ouverte

sans même savoir

si la vie dort

ou si elle rêve

Jean Pierre Cobra

Cendres (5/9)



sans cesse

l’œil remonte

le songe


dans le sens inverse

de la fuite

du courant *


il y retrouve

selon

les joies perdues

ou la lumière

de ceux qui attendent

en silence

Suzuki Mayumi

* Danièle Faugeras

Cendres (4/9)


sur le chemin

de la noyeraie

j’implore

quelque chose

pour te retenir

ta voix s’efface déjà

bientôt

ce sera le visage

il y aura

un dernier regard

et juste après

la nuit tombera

Caroline Dufour

(de) Peau



on marche dans le jardin


il y a peu à dire


seulement voir la lumière

sur la haie de fusains


un reste de pluie brille

sur les feuilles de lierre


Antoine Emaz

Anthony MOREL

(de) Ancestrale


Je ne savais pas que le fond

n’est pas noir

que le jour

n’est pas blanc

que la lumière est

aveugle

et que s’arrêter c’est courir

encore plus


Goliarda Sapienza

Ludwig Nikulski

Cendres (3/9)


à l’instant

où ton regard se voile

nos voix recouvrent

les formes du silence

je scrute

le blanc de la chambre

autour de toi

sur le lit assis

deux anges sourient

l’un deux me tend

ce vers –


Chemins, à demi – les plus longs*

Nek Chand


* Paul Célan

Cendres (2/9)


dans la béance –

lieu saturé

de cris

et de couleurs

vivent

au bord de l’effacement

les monstres de laideur

qu’enfants

nous dessinions

ils attendent

muets

l’heure qui renonce

sucent – dis-tu

la blancheur du temps

passé

Jean-Pierre Cobra