puisque
l’ombre tisse
son propre récit
maintenant
j’hésite
la lumière ruse
s’allonge en lisière
elle feint un horizon
qui recule
mais plus loin
en moi –
souffle de vie
un seul battement
a suffi

Kati Dovellos
s’il
convient maintenant d’ouvrir les yeux,
ce
sera comme on remonte du fond d’un lac,
brasses
lentes de la pensée,
vers
la surface enfin
où nous attend d’une seule vue
l’étrangeté
des commencements.
Patricia Castex-Menier
Marine Lanier
obstinée
la lueur s’attarde
aux façades de la maison
ouverte
un mot fuyant
s’échappe
entre mes lèvres
les murs eux
demeurent
ils veillent
sur nos ombres
muettes

Will Hooper
au sortir
de l’absence
le ciel s’ouvre plus vaste
plus profond
le vent geint
dans une langue familière
des oiseaux sans cri
sans poids
s’accrochent à l’ombre
s’y fondent
comme pour en adoucir
la chute

Le postier tchèque
Misère
comme une montagne sur nous écroulée.
Pour avoir fait pareille déchirure,
ce ne peut être un rêve simplement qui se dissipe.
L’homme, s’il n’était qu’un noeud d’air, faudrait-il, pour le dénouer, fer si tranchant ?
Bourrés de larmes, tous, le front contre ce mur, plutôt que son inconsistance, n’est-ce pas la réalité de notre vie qu’on nous apprend ?
Instruits au fouet.
Philippe Jaccottet
David Hurn
la rue silencieuse
traversée
de quelques fenêtres allumées
et dans l’arrière-cour
immobile
la neige
sans bruit qui recouvre les choses
est-ce mon regard qui suit ton pas
ou l’hiver
doucement qui vient
te chercher

je me demande
combien de silences
il faut
pour que ton absence
se taise enfin
les ombres les arbres la pluie
le vent
me frôlent
mais le ciel est trop haut
pour y graver
le moindre nom

Dominique Hérion
Et les nuages sont longs
ta langue sans prière
en cet instant illuminé
les feuilles repliées à peine
visibles et vertes
le vent agite tout ce qui bouge
vibre sur tout ce qui est
tu n’attends pas de réponse
dans ta poitrine ouverte
le soleil s’est logé entier
Noée Maire
Claire Dias Lachèse
c’est un espace
sans bord
sans fin
où des poignées de mots instables
jonchent le sol
un chemin de pas
hésitant
serpente entre l’oubli
et la joie
la lumière y est douce
le vent léger chasse au loin
les ombres
le sais-tu ?
suspendu à l’élan
je pourrais à jamais
vivre là

Olivier Debré