si tu tends bien
l’oreille
l’herbe mouillée
t’indique le pas
moi
je l’ai su
un matin de rosée –
le sol parlait
sans alourdir ou brusquer
j’étais là
de bonne heure
il a suffi d’attendre
comme un caillou
à l’écart
du chemin

Gustav Klimt
si tu tends bien
l’oreille
l’herbe mouillée
t’indique le pas
moi
je l’ai su
un matin de rosée –
le sol parlait
sans alourdir ou brusquer
j’étais là
de bonne heure
il a suffi d’attendre
comme un caillou
à l’écart
du chemin

Gustav Klimt
Commencer à écrire… devant la plage blanche, ou l’écran gris… Respirer… une phrase… une ou trois… ou le vide… Rêver… rouvrir le cahier, le fichier… laisser du blanc… Recommencer… rien de sacré… s’ennuyer… aller vers la dixième phrase… à la ligne… Marcher… nager… ouvrir le frigo… Raturer… Couper, jeter… Faire des listes… Reprendre… poursuivre… Déchirer le plan… Ou fabriquer un cadre, inventer des contraintes… Écrire à nouveau… écrire à neuf… ou à l’ancienne… Relire… Monter, recouper… Non… Jeter… Jeter toutes les transitions, abattre les échafaudages… Oui… Suggérer… Ne pas expliquer… Plier du linge, sortir le chien… Métaphores ? … Images ? … Lire… Régler la focale… Ecrire un personnage… Faire des erreurs… Combien d’adjectifs…? Lire à neuf… Oublier… Se souvenir… Accepter… Continuer… Persévérer… Chercher la justesse… la note, la mesure… le rythme, la touche… S’obstiner… glisser… Rêver encore… aller vers la porosité, vers la transe légère… Aller vers la fin… reconnaître la dernière phrase… Céder… Entendre l’avant-dernier mot… encore un… Tout changer… Finir, peut-être… Et le titre ?
Marie Darrieussecq
Y. Park
la trace
fine –
presque effacée
de ce qui insiste
non pour peser
mais pour que le souffle
tienne
comme cet instant
à peine
filament sur la joue
qui glisse
sans bruit
au-dessus de l’os

Serge Clément
on n’en fait rien de
la neige
(toute l’épaisseur de
ce monde dans une fenêtre)
tout juste se demande-t-on
comment ce sera une fois
que tout aura fondu
si la vie sera la
même
et si c’est bien la neige
qui bloque les siens
dans le
silence
Sophie G. Lucas
Sigmar Polke
ce mot
sans bord ni creux
ne dirait pas le nom des choses
il serait un passage
et sans même ouvrir les yeux
tu saurais qu’il reste
quelque chose de sauf
tu me dirais
alors dans un souffle
à peine – je n’efface rien
j’habite en moi

je cherche
un mot –
poreux peut-être
qui ne nierait ni la nuit
ni les murs lézardés
ni ce corps encore tremblant
d’avoir aimé
ce mot serait un tesson tiède
dans ta paume ouverte
il pourrait
garder la beauté
de ce qui est
sans jamais rien
omettre

sur l’épaule
se pose
la main légère du temps
puis un souffle
dans l’attente muette d’un mot
d’un frisson
mais la pierre
en creux
garde encore le son de ton pas
l’œil vacille – pleurer
ou s’ouvrir
il ne tranchera pas

Harry Gruyaert
D’autres phrases plus proches que les miennes
D’autres silences mieux découpés
Civière, bras inconnus, couloir, ciel, ciel
Tellement plus de feuilles sur les arbres
La ressemblance, trace et oubli
Dans cette histoire quelqu’un lance une flèche, s’en va mourir où la flèche tombe
Ou bien c’est un souvenir de forêt, de courage
Sereine Berlottier
David Alan Harvey
une pulsation
lente
quelque part
entre ciel et peau
le jour se défait
en filaments pâles
l’ombre
se laisse approcher
et comme en songe
le silence
qui s’étend
devient le cœur
du paysage

Jean Louis Saiz
Debout mais
plus grande couchée moins
atteinte tout
recommence
Curieusement les oiseaux survivent les
fleurs survivent les arbres ne sont
pas arrachés ni la toile d’araignée
dans l’angle du volet secoué
L’écume vise
l’obstination d’une parole
que la répétition
ne désagrège pas
revient
sans venir à bout d’une
phrase
qui dirait
l’épuisement
du rivage
mère-vague et tempétueuse
Sereine Berlottier
Jean Louis Saiz