Presque entier



la lumière

affleurant le mur

je me tourne

sur le côté


je cède

à l’absence

quelque chose revient

intègre

presque entier


je le reconnais

à ce qui lui manque


la place exacte

qui est la mienne


le corps dépouillé

dans la lumière


je dois songer

Jack Davison


La lenteur



le vent

ramène sur ma peau

le souvenir d’un jour

effacé


je ferme les yeux

j’entends la lenteur

oubliée


elle me revient

par les épaules

dans ma façon de respirer


je me laisse faire


elle finira par m’atteindre

elle sait

où me chercher

George Kamelakis

(de) Où se cache la soif


Simplement cette mare à l’odeur resserrée.


J’avance au bord des mots

jusqu’en ce petit corps à la narine large,

complice de la terre.


Voisine des racines,

la surface n’a rien du miroir.


Ce qui descend demeure.


Sabine Dewulf

Emeline Blanquet

Où es-tu ?


Où es-tu :

Qui ?

Sous la lampe, entourée de noir, je te dispose :

En deux dimensions

Du noir tombe

Sous les angles. comme une poussière :

Image sans épaisseur voix sans épaisseur

La terre

qui te frotte

Le monde

dont plus rien ne te sépare

Sous la lampe, dans la nuit, entoure de noir, contre la

porte.


Jacques Roubaud

Elsa et Johanna

A ras le jour




sur un chemin

peu frayé


je retrouve

l’endroit que j’ai cru

oublié


la lumière est retournée

mon pied hésite


reviennent


les odeurs

de terre

le grand arbre nu

le lit du ruisseau

qui ne chante pas l’été

Kile Thomson

Un geste de mémoire



un trait

d’écume se forme

à mes pieds


je le regarde

aller et venir


un court instant

le sable devient sombre


puis le clair revient  

comme si

rien ne s’était passé

Constantine Manos

Muse / 8



imagine

que l’oiseau

revienne

et s’élève au-dessus

de nos têtes

imagine que le ciel

lentement

se reforme autour

de l’oiseau

et que toi

tu marches

au bord du vent

ta main

dans la sienne

Alex Fleming

Muse / 7



rien

ne sépare plus

la terre du vent

le souffle

de la source

tout se confond

désormais

dans la lumière

du matin

et nous –

de nous-même éperdus

marchons

hors de nos murs

innocents

Sophie Mabille

Muse / 6



un souffle

traverse

le silence de la terre

la lumière hésite

glisse

derrière les sommets blancs

c’est étrange – dis-tu

on dirait

que l’hiver se souvient

de nous

NC