ton visage
se détourne vers un rang
de pierres desséchées
juste en dessus
la lenteur rousse boit
la lumière du soir
je te parle – encore des mots
sans adresse
ni poids
comme si les ronces étaient
la seule conscience
du jardin

Michel Dheurle
ton visage
se détourne vers un rang
de pierres desséchées
juste en dessus
la lenteur rousse boit
la lumière du soir
je te parle – encore des mots
sans adresse
ni poids
comme si les ronces étaient
la seule conscience
du jardin

Michel Dheurle
ce fil
mince de lumière
sur l’épaule du soir
le mur
s’empare de l’éclat
l’ombre cède
et sur l’envers
apparait
ce qui au jour
s’ouvre
en secret

Marchi
J’ai marché avec les navires
me suis tenue près des ponts
on m’a jetée à la rue
avec les feuilles tombées des ormes.
J’ai possédé un automne
un nuage de lumière
près d’une sombre cheminée
et un nom étrange
que personne n’a pu deviner.
Leah Goldberg
Newsha Tavakolian
au seuil de pierre
sans but ni volonté
je m’écarte
comme si le cours des choses
m’était étranger
le soir tombe
l’œil rougit l’instant
j’écris
à voix basse des mots
pour penser

Fernand Desmoulin
Je t’avais
dit
que nous creuserions
le ciel
ensemble
nous regarderons nous
endormirons sur
les 3 grèves il y a
longtemps nous avions
vécu dans les musiques
des cités très loin
tendions les cordes
te voilà
j’ai attendu
que l’on ouvre
la grille.
Peut-être nos
bouches à ronces
n’avaient pas encore
bu.
Esther Tellermann
JK Lavin
le vent garde
dans sa paume
la chaleur des nuits d’été
je me tourne vers toi
épaule contre sol
quelque chose remue
c’est en-dessous
peut-être est-ce
la terre qui souffre
d’insomnie

Kathleen Meier
ces oiseaux
qui tournent
sans fin
dans l’arrière-cour
de la maison à deux –
avec leurs ailes
chaque fois
un peu plus lourdes
et ces cris
dedans
jetés au vide

Daisuke Yokot
au bord du lit
asséché
dans la main d’un rocher
se fissurent
les lignes du monde
souffle – ou chute
élan – ou perte
les yeux aspirés
par ce qui se dérobe
ainsi disparaît
l’ombre qui me suivait
puis l’absence de mots
s’étend
jusqu’aux dernières
lueurs

Alain Laboile
il pleut
la mer se retire du paysage
dans une barque retournée
la poésie vaut-elle la peine ?
comme si la mer se retirait
comme c’est pompeux comme c’est loin
d’un chagrin singulier
on rentre les épaules
on rentre les mots
il pleut
Véronique Wautier
Hélène Bamberger
Deux silences pour un siècle
Sur le chemin pour
l’aurore et le siècle on
croise ces jolis noms : Birkenau Lissinitchi
la Kolyma – est-ce le nom
d’une berceuse ? Le lieu-dit
de la rivière ?
tout plutôt que le silence alors
Chalamov plante la croix de Mandelstam Il empoigne
le cercueil Le porte à
son épaule et
pose le bard de bois de part en part des
colonnes
de
livres
Sylvie-E. Saliceti
Rosemarie Koczÿ