Muse / 6



un souffle

traverse

le silence de la terre

la lumière hésite

glisse

derrière les sommets blancs

c’est étrange – dis-tu

on dirait

que l’hiver se souvient

de nous

NC

(de) On est bien là



Ça paraît mort

fait le mort

Une simple encoche

Voir si le camélia rouge

aux branches nues et sèches

est là-dessous

encore vert vivant sous

les cendres apparentes


Clélie Lecuelle

Yann Gaillot

Muse / 5




nous dormons

sous mes paupières

nous marchons

sous les ailes du vent

nous effleurons

les buées d’automne

nous suivons

l’eau qui coule de nos mains

nous allons

plus loin que loin

nos yeux découvrent

la beauté du matin

Caroline Dufour

Goliarda



entendre

la rumeur des choses

sans ombre ni visage

tu dis –

le fond n’est jamais noir

il bruisse d’une clarté

que l’œil ne sait pas

nommer

tu dis –

le jour n’est jamais blanc

il porte en lui

le frémissement et le doute

tout y est mêlé

tu dis –

la pluie dans la poussière

le souffle dans la gorge

le sujet avant même que

la lumière soit levée

(de) Tu dis délivrer la lumière


Nos souffles puisent à la source

qui précède la fièvre


soutenue par le bond de lumière

tu pousses la question

qui t’élève déjà vers la pointe des vagues

ton corps est le navire


le silence me berce encore

je cherche son assise

dans la rumeur inquiète

repasse mes contours sur les lignes flottantes


Sabine Dewulf

Edvard munch

Annales



Chaque jour

en rentrant à la maison

je n’arrive pas à reconnaître les saisons

pourtant les roses la neige le raisin

il y a ta voix pourtant

à chaque fois des décennies passent

comment faire

je ne m’en souviens pas


Mia Lecomte

Araki

Muse / 4



la nuit

sculpte dans l’air

un être

de fugue et d’absence

je le vois naitre

par la fissure du sommeil

chacun sait pourtant

que rien ne traverse

la blancheur

des rêves

Clarence Hudson White

Muse / 3



le jour

lentement respire

entre deux arbres

l’instant est là

nu

on dirait

que le monde s’y tient

tout entier

même un nom – venant

serait comme un souffle

sur la poussière

d’or

Maria-José Arjena

Première personne du singulier



des ailes défiant les secondes

volent dans mon jardin

pour le doux nectar

et l’air vif 

du chèvrefeuille taillé

lune basse et hautaine

de ce dernier jour d’août

première personne, singulier –

un amour non partagé


Elis Podnar

Viet Ha Tran

Muse / 2




tu arriveras

non du lieu

mais du soir

frémissante

l’instant sera

sans contour

rien ne sera dit –

le vent la poussière

même ces traces

dans le sable

tout cela sera

l’évidence

Veronique Van Hoorick