Ombre

 

Avec tes ponts sans fin

Tes couleurs ton silence

Où je vais maintenant

Une lampe allumée

Et suivant mon passé

Qui marche devant moi

Sans rien me demander

Sans daigner me répondre

Indocile à la voix

Se retournant parfois

Pour voir si je suis là.

 

Georges Haldas

 Martin Waltz

 

(de) Journal de l’air

 

Mais demain a le même visage

un ciel peut-être un peu différent

pas assez pourtant pour qu’on comprenne

ce qu’on voudrait dire se retire

ce qui vient c’est toujours autre chose

tu ne t’y reconnais pas tu entres

dans ce qui au fond de la voix n’a

pas de voix tu restes là sans mots

comme la lumière sur les mains.

 

Jacques Ancet

 Lise Sarfati

 

 

Pas ceux qui vécurent ici

 

mais ceux qui y moururent

et pas quand

mais comment ;

pas

les grands connus

mais les grands morts inconnus

pas

l’histoire

des nations

mais la vie des hommes.

les fables sont des rêves,

pas des mensonges,

et

la vérité change

comme

les gens,

et quand la vérité se fait stable

les gens

se font

morts

et

l’insecte

et le feu et

le flot

se font

vérité.

 

Charles Bukowski

 Reagan Bird

Sans titre

 

je ne peux voir

la vie secrète des poissons rouges dans l’eau claire du bassin

tous mes efforts pour traverser le miroir

sont restés vains

.

un cheval sur l’antique toit

est soudain retenu par la bride

je tourne au coin de la rue

sur la route du village la poussière

cache le ciel

 

Bei Dao

image-e1448366370628 Kourtney Roy

Le voyeur

.

curieuses

ces deux maisons

dressées l’une contre

l’autre


entre leurs murs

dans la hauteur de l’ombre

ne passent que le silence

et le froid

Catia Simoes

Santa Fé


assis

sous un pommier

le vieil homme observe

sans bouger


le vent

comme en songe

dans ses cheveux

argentés


dans le ciel

au-dessus de lui

deux soleils se croisent

sans se toucher

Mathias Valewink

Jim Jarmusch

« Je suis très attaché à l’idée que nous ne parlions pas tous la même langue. Non pas pour des questions d’appartenance ou d’enracinement, mais pour la richesse qui en découle. Quand j’étais étudiant à Paris, je me souviens avoir demandé à un ami de me traduire les poèmes de Mallarmé, et la version qu’il en donnait était délirante. Les images changeaient. Il trouvait des équivalences bizarres et ça créait une langue magnifique. C’est ce que j’aime dans la poésie : elle est difficilement traduisible. »

Jim Jarmusch – Entretien avec Laurent Rigoulet –

Le jour d’après


ce jour demeure

dans les brumes

d’un paysage intérieur


la pluie battait

contre les carreaux


le long des murs

des fleurs montaient

sans bruit


en silence

nos âmes se nouaient

l’une à l’autre

Yota Yioshida

(de) Pollens

.

Dans l’amour, sa première demeure,

le temps se promène avec un corps de rose,

les roses, avec un corps de lumière.

Dans le temps, son autre demeure,

le poussière se promène avec des pieds de vent,

le vent avec des pieds de poussière.

.

Adonis – Mémoire du vent

 Christopher McKenney

 

Au début

.

non même une pierre

ne vole pas

de retour dans la main

elle flotte et

les yeux s’immergent

dans l’eau

ils y trouvent le souffle

mémoire des branchies

ainsi personne ne se noie

quand le poème finit

peut-être le lecteur commence-t-il

à glaner mot pour mot

à chercher une force d’appui

par sa propre voix

au-delà du texte

au-delà d’un rivage

 

 

Eva Maria Berg

Image Guillaume Bresson