Muse / 1



quelqu’un

peut-être toi

ramasse la flèche

et la porte à ses lèvres

elle y trouve

un gout de chaleur

humaine

un visage

dont elle veut

apprendre le nom

Jack Davidson

Tard



à l’endroit

même où il y avait

une maison

il ne reste presque rien


j’ai laissé la fenêtre

ouverte

le vent est entré


j’ai laissé faire


il a emporté les murs

le toit

la lumière


il n’a laissé

que le fauteuil et la table

d’où je t’écris

Chase Middelton

Dans la nuit

dans le fatras

obscur –


es-tu

seulement couchée ?


veille l’oiseau de proie


je prends ce silence

pour le mien –

dit l’oiseau


cherchons alors

ce qui manque

entre deux respirations

Marie Bouttier

Je me mens


de ma place

je vois

sur la table

l’homme qui marche 

et une verseuse pleine

d’un noir café


aussi ces oiseaux

gonflables

accrochés aux branches

ces yeux – les tiens

qui fuient par

le côté


la grille est ouverte –

peut-être

est-ce la veille

ou le jour d’après 

Egon Schiele


Ce texte a été publié en février 2026 dans la revue Sens n°2 éditée par l’association les doigts bleus

https://www.facebook.com/lesdoigtsbleus/?locale=fr_FR

La grande bellezza


des visages

remontent à la surface


la nuit

les porte vers moi

silencieux


je reconnais

leurs yeux

les noms restent cachés


d’autres fois

c’est un corps qui revient

entier


je le vois

passer


je n’ose appeler


un mot pourrait

l’effacer

James Reddinton

Ombres sourdes



dehors

l’air glacé porte

la foule

de ceux qui passent

dans les miroirs –


je sors

à peine du sommeil

je reste à l’écart


une lumière pâle

entre par la fenêtre

je la laisse faire –


faut-il beaucoup aimer

pour cela


Polina Washnington

Vers les abysses



avant

l’endroit grouillait

de ces femmes-poissons

que les marins disent

sirènes

il y avait

des épaves pleines

de mauvais or

on entendait

les chants

la joie et l’ivresse

la lumière semblait

si proche

tv5

 Trent Park

La Reyssouze



ceux

à demi-nu

qui entreront

fièrement

dans l’eau claire

ils auront

les cheveux pris

par la lumière

leurs pieds seront

aussi pâles

que des tessons

de lune

mais ils riront

jusqu’au soir

malgré les voix

au loin

qui appellent

Carlo Zinelli