Muse / 13



séparés


le feu de la cendre

du ciel nos paupières

la rivière de ton reflet


pourtant

à voix basse

la nuit

je t’appelle


comme si

tu pouvais venir

jusqu’à moi

Caroline Dufour

Esther



le ciel

oui

mais creusé

par d’autres mains

que les nôtres


je reviens

comme on vient

la première fois

transi

avec un peu de froid

sur les lèvres


ne sachant

si c’est l’air

plus vif

ou la distance

qui me rend

à moi-même

Caroline Dufour

(de) Sombre ménagerie



Je me souviens

de poèmes sauvages

peu nombreux

telles des plantes nouées

qui naissent

sous la véranda

je les récite

sans bouger les lèvres

sous l’eau

ma peau a changé

je ne crois pas aux baisers



Elise Turcotte

Caroline Dufour

Muse / 5




nous dormons

sous mes paupières

nous marchons

sous les ailes du vent

nous effleurons

les buées d’automne

nous suivons

l’eau qui coule de tes mains

nous allons

plus loin que loin

nos yeux découvrent

la beauté du matin

Caroline Dufour

Le tesson tiède 1/3



je cherche

un mot –

poreux peut-être

qui ne nierait

ni la nuit

ni les murs lézardés

ni les corps

encore tremblant

d’avoir aimé


ce mot serait

un tesson tiède

dans ma paume

grande ouverte


il pourrait

garder la beauté

de ce qui fut

sans jamais rien

omettre

Caroline Dufour

Poème de l’avant


tu te tiens

droite

face à la rivière

comme si

quelque chose

devait revenir


les arbres baignent

dans l’eau

le vent en défait

le reflet


je cherche

dans le silence

les mots que tu retiens

Caroline Dufour

Sous la neige



sans bruit

la neige

recouvre les choses –


les arbres

les toits

jusqu’au chemin qui dessert

l’arrière-cour


une forme sombre apparaît

au loin


est-ce

mon regard qui s’égare

ou la neige

à force

qui déplace les ombres

Caroline Dufour

L’envers


une ombre

effleure

la peau des murs

puis les voix –

plutôt une rumeur tiède

s’enroulent

dans le halo bleu

l’accoudoir

chavire sous ma tête

je tombe

à l’envers du jour

Caroline Dufour

Cendres (4/9)


sur le chemin

de la noyeraie

j’implore

quelque chose

pour te retenir

ta voix s’efface déjà

bientôt

ce sera le visage

il y aura

un dernier regard

et juste après

la nuit tombera

Caroline Dufour