séparés
le feu de la cendre
du ciel nos paupières
la rivière de ton reflet
pourtant
à voix basse
la nuit
je t’appelle
comme si
tu pouvais venir
jusqu’à moi

Caroline Dufour
le ciel
oui
mais creusé
par d’autres mains
que les nôtres
je reviens
comme on vient
la première fois
transi
avec un peu de froid
sur les lèvres
ne sachant
si c’est l’air
plus vif
ou la distance
qui me rend
à moi-même

Je me souviens
de poèmes sauvages
peu nombreux
telles des plantes nouées
qui naissent
sous la véranda
je les récite
sans bouger les lèvres
sous l’eau
ma peau a changé
je ne crois pas aux baisers
Elise Turcotte
nous dormons
sous mes paupières
nous marchons
sous les ailes du vent
nous effleurons
les buées d’automne
nous suivons
l’eau qui coule de tes mains
nous allons
plus loin que loin
nos yeux découvrent
la beauté du matin

ce mot
sans bord ni creux
ne dirait pas
le nom des choses
il serait un passage
vers soi
et sans même ouvrir les yeux
je saurai qu’il reste
encore quelque chose
de sauf

je cherche
un mot –
poreux peut-être
qui ne nierait
ni la nuit
ni les murs lézardés
ni les corps
encore tremblant
d’avoir aimé
ce mot serait
un tesson tiède
dans ma paume
grande ouverte
il pourrait
garder la beauté
de ce qui fut
sans jamais rien
omettre

tu te tiens
droite
face à la rivière
comme si
quelque chose
devait revenir
les arbres baignent
dans l’eau
le vent en défait
le reflet
je cherche
dans le silence
les mots que tu retiens

sans bruit
la neige
recouvre les choses –
les arbres
les toits
jusqu’au chemin qui dessert
l’arrière-cour
une forme sombre apparaît
au loin
est-ce
mon regard qui s’égare
ou la neige
à force
qui déplace les ombres

sur le chemin
de la noyeraie
j’implore
quelque chose
pour te retenir
ta voix s’efface déjà
bientôt
ce sera le visage
il y aura
un dernier regard
et juste après
la nuit tombera
