Esther



le ciel

oui

mais creusé

par d’autres mains

que les nôtres


je reviens

comme on vient

la première fois

transi

avec un peu de froid

sur les lèvres


ne sachant

si c’est l’air

plus vif

ou la distance

qui me rend

à moi-même

Caroline Dufour

(de) Sombre ménagerie



Je me souviens

de poèmes sauvages

peu nombreux

telles des plantes nouées

qui naissent

sous la véranda

je les récite

sans bouger les lèvres

sous l’eau

ma peau a changé

je ne crois pas aux baisers



Elise Turcotte

Caroline Dufour

Muse / 5




nous dormons

sous mes paupières

nous marchons

sous les ailes du vent

nous effleurons

les buées d’automne

nous suivons

l’eau qui coule de nos mains

nous allons

plus loin que loin

nos yeux découvrent

la beauté du matin

Caroline Dufour

Le tesson tiède 1/3



je cherche

un mot –

poreux peut-être

qui ne nierait

ni la nuit

ni les murs lézardés

ni les corps

encore tremblant

d’avoir aimé


ce mot serait

un tesson tiède

dans ma paume

grande ouverte


il pourrait

garder la beauté

de ce qui fut

sans jamais rien

omettre

Caroline Dufour

Poème de l’avant


tu te tiens

face à la rivière

le dos droit

comme un refus

tu ne dis rien –

j’aime tant

ce rien-là

les arbres défilent

lentement

dans chaque silence

je cherche

le mot

que tu retiens

Caroline Dufour

L’arrière-cour



la rue

silencieuse

et ces fenêtres

encore allumées

dans l’arrière-cour


sans bruit

la neige

recouvre les choses


est-ce

mon regard

qui suit ton pas


ou l’hiver

doucement

qui vient me chercher

Caroline Dufour

L’envers


une ombre

effleure

la peau des murs

puis les voix –

plutôt une rumeur tiède

s’enroulent

dans le halo bleu

l’accoudoir

chavire sous ma tête

je tombe

à l’envers du jour

Caroline Dufour

Cendres (4/9)


sur le chemin

de la noyeraie

j’implore

quelque chose

pour te retenir

ta voix s’efface déjà

bientôt

ce sera le visage

il y aura

un dernier regard

et juste après

la nuit tombera

Caroline Dufour

La chose – 8



plus tard

au bas du poème

une main écrira –


« de n’y jamais percer que soi »


je ferai

comme de rien –

d’ailleurs

il n’est pas sur

que l’absence préfigure

la raison d’être

mais

je lirai ces mots

jusqu’à les faire

miens

Brigitte Perez