le silence
à présent suinte
épais poisseux sans fond
tu es là
immobile
effigie noire couverte de cendre
je scrute dans l’ombre
une fêlure mince –
ce presque rien
par où le mot pourrait
renaitre

Toshimitsu Imai
Ombre glissant dans l’ombre
chassée par l’ombre la chassant
à travers troncs branches et feuilles
tu te glisses
La plante de tes pas
Tu agites les eaux
les déploies en rouleaux frangés
qui feuillettent les terres
les étagent
déplient
de page en page
Raphaël Monticelli
Mikiya Takimoto
du bout du regard
Le flux m’entraîne
Vers un autre
Sans le rejoindre
Et c’est moi
Pas besoin de mots
Le fleuve l’esprit le corps
Le fil de l’eau épouse la forme des questions et les dissout
Nous n’avons qu’un visage
Nous sommes le commencement et la fin
Pas besoin de nous connaître nous savons
Intimes que l’autre n’existe pas
Nous ne formons qu’un
En discontinu
Il englobe de soi à soi l’espace et le temps
Pierre Rosin
Martin Kippenberger
ce souffle ancien
celui du vent dans les hautes herbes
celui du temps que l’on nomme
dieu
les jours passent
en filigrane –
nid d’ombre et de lumière
quand nous
frêles silhouettes
marchons toujours
en suivant la trace
des oiseaux

Makoto Fukui
Quelqu’un quitte
et l’on retrouve par fragments
ce qui rend la scène possible chaque fois
comme une question remplie de crevasses
se renverse sur nos vies
Hélène Dorion
Serge Clément
jour
sous la cendre
presque sans poids
qui passe
le temps d’un frisson
dans la lumière
du ciel

Jan Reich