Cendres / 10


qu’allions-nous

faire là-bas / et à quoi songeais-tu

assis sur ce siège arrière /

 à la nuit

au temps qui reste / à l’océan

à l’inachevé / aux monstres de laideur

à nos petites lâchetés




mort

l’es-tu vraiment

et quand bien même

pour combien de temps

?

Hugo Pratt

Cendre (8/9)


dans la partie

blanche

de ce que je célèbre –


l’un sous terre

et l’autre tombant*


quelque chose

revient au réel

et je me laisse

enfin dire

non ce qui fut

ni ce qui aurait du

être

mais ce qui longtemps

manqua

Rehaf Al Batniji

  • Bernard Noël

Cendres (7/9)



la mer commence

son travail

d’effacement

elle polit

les angles du jour

et dans le mouton des vagues

esquisse un être –

ni image

ni oubli

que j’ai tant de mal

à reconnaître

après

je me laisse dire

non ce qui fut

mais ce qui nous manqua

toutes ces années-là

Claire Dias Lachèse

Cendres (6/9)



nulle parole

contre le sommeil

seulement

le rythme des phares

et par instants

des ombres solitaires

voyage au bout

du rêve

je te conduis

dans cette nuit

ouverte

sans même savoir

si la vie dort

ou si elle rêve

Jean Pierre Cobra

Cendres (5/9)



sans cesse

l’œil remonte

le songe


dans le sens inverse

de la fuite

du courant *


il y retrouve

selon

les joies perdues

ou la lumière

de ceux qui attendent

en silence

Suzuki Mayumi

* Danièle Faugeras

Cendres (4/9)


sur le chemin

de la noyeraie

j’implore

quelque chose

pour te retenir

ta voix s’efface déjà

bientôt

ce sera le visage

il y aura

un dernier regard

et juste après

la nuit tombera

Caroline Dufour

Cendres (3/9)


à l’instant

où ton regard se voile

nos voix recouvrent

les formes du silence

je scrute

le blanc de la chambre

autour de toi

sur le lit assis

deux anges sourient

l’un deux me tend

ce vers –


Chemins, à demi – les plus longs*

Nek Chand


* Paul Célan

Cendres (2/9)


dans la béance –

lieu saturé

de cris

et de couleurs

vivent

au bord de l’effacement

les monstres de laideur

qu’enfants

nous dessinions

ils attendent

muets

l’heure qui renonce

sucent – dis-tu

la blancheur du temps

passé

Jean-Pierre Cobra

La chose – 7


dans l’a-vif

de la plaie

je deviens

peu à peu

ce que je redoute

l’hiver creuse la lumière

les jours s’en vont

mes yeux brûlent

à force

d’obstination

Janko Domsic