Cendres (3/9)


à l’instant

où ton regard se voile

nos voix recouvrent

les formes du silence

je scrute

le blanc de la chambre

autour de toi

sur le lit assis

deux anges sourient

l’un deux me tend

ce vers –


Chemins, à demi – les plus longs*

Nek Chand


* Paul Célan

Cendres (2/9)


dans la béance –

lieu saturé

de cris

et de couleurs

vivent

au bord de l’effacement

les monstres de laideur

qu’enfants

nous dessinions

ils attendent

muets

l’heure qui renonce

sucent – dis-tu

la blancheur du temps

passé

Jean-Pierre Cobra

La chose – 7


dans l’a-vif

de la plaie

je deviens

peu à peu

ce que je redoute

l’hiver creuse la lumière

les jours s’en vont

mes yeux brûlent

à force

d’obstination

Janko Domsic

La chose – 8



plus tard

au bas du poème

une main écrira –


« de n’y jamais percer que soi »


je ferai

comme de rien –

d’ailleurs

il n’est pas sur

que l’absence préfigure

la raison d’être

mais

je lirai ces mots

jusqu’à les faire

miens

Brigitte Perez

La chose – 6



la main sur la rampe

l’escalier qui plonge

dans la rue

les visages

les voix

la lumière du jour

ce que la main effleure

ou le matin entrouvre

tout cela –

vois-tu

ce n’est pas une vie


Gaétan Chambon

La chose – 5


mémoire

d’une forme

qui ne doit rien

au regard

nos ombres

si légères

qu’un souffle

pourrait les verser

en arrière

Markus Akesson

La chose – 4


l’or du matin

dissipe les visages

de la nuit

je reviens

vers ce qui tremble

la main

pour appui

le souffle

encore tiède

je bois le silence

jusqu’au vertige

Franciam Charlot

* Haruki Murakami

La chose – 3



le jour d’avant

le jour d’après

tout est confondu

à présent


tu dis –


dans cet entre-deux

de façades incertaines

ce sont les pieds

qui décident du froid

qu’il fait


Dwight Mackintosh

La chose – 2



un visage

sans poids


la peau

traversée

de lumière


ces ailes

que tu ouvres

dans le vent


le jour

qui vient

tout emporter

Josef Hofer