Alors que tout s’effondre – 4/5



la lumière

s’emmêle aux choses

qui tiennent encore

debout

tout autour

les ombres plient

le silence fait peau

j’écris –

pleurer n’est pas faute

mais retour à soi

après

sans bruit

dans la paume du jour

vient la joie

Guillaume Bresson

Alors que tout s’effondre – 3/5


exfoliation

de jours inutiles

dans l’espace blanc

silencieux

du trop revenir

au presque rien

n’avoir foi

qu’en l’étoile –

la lumière

veilleuse du doute

seule

la bouche hésite

devant cela

Cristina Iglesias


Alors que tout s’effondre – 1/5


le battement

à peine

d’un monde

juste à l’endroit exact

de ma perte

pas un signe

pas la moindre promesse

juste un nom – le tien

et la lumière

au bord du jour qui va

se lever

Martial Raysse / Life is so complexe

Circonstances – 6



quelque chose

respire sous la nuit

j’ouvre l’oeil

un souffle vient mêler

l’aube au silence

puis un mot se glisse

et dans l’interstice

ton visage réapparait

Jean Paul Riopelle

Circonstances – 7


la nuit rentre

ses griffes

tu sanglotes à peine

je me tais

la cendre reste tiède

il y aura demain

des sourires blancs

et ce mensonge –

aller comme si

de rien n’était

Alberto Burri

Circonstances – 5



le silence

à présent suinte

épais poisseux sans fond

tu es là

immobile

effigie noire couverte de cendre

je scrute dans l’ombre

une fêlure mince –

ce presque rien

par où le mot pourrait

renaitre

Toshimitsu Imai

Circonstances – 4



dans l’ombre

où tu te tords

le monde vacille soudain

je tends la main –trop tard

un cri sauvage t’ouvre

en deux le feu s’élance

il te dévore

les bras le cou le visage

la langue

tu craches des mots noirs

incandescents

et moi silencieux

incapable

je me retiens à

ton nom

Wols

Circonstances – 3


même le sol

semble fléchir sous le poids

de ce qui ne peut

apparaître

chaque souffle

chaque geste -éclat dispersé

dans l’ombre épaisse

est une tentative à

 nouveau d’être

mais toi – au bord du cri

tu n’as ni mot ni phrase

pour lever les brulures

de l’au-delà

Jean Dubuffet

Circonstances – 2


chaque soir

un peu plus

le pont s’étire

sous tes pas

après une entaille rouge

ouvre le ciel tu entends –

ou peut-être pas

des voix qui appellent

ton corps s’agite

avant de rejoindre ceux

sans visage

que le feu entreprend

Asger Jorn