Muse / 2




tu arriveras

non du lieu

mais du soir

frémissante

l’instant sera

sans contour

rien ne sera dit –

le vent la poussière

même ces traces

dans le sable

tout cela sera

l’évidence

Veronique Van Hoorick

Muse / 1



quelqu’un

peut-être toi

ramasse la flèche

et la porte à ses lèvres

elle y trouve

un gout de chaleur

humaine

un visage

dont elle veut

apprendre le nom

Jack Davidson

Le tesson tiède 1/3



je cherche

un mot –

poreux peut-être

qui ne nierait

ni la nuit

ni les murs lézardés

ni les corps

encore tremblant

d’avoir aimé


ce mot serait

un tesson tiède

dans ma paume

grande ouverte


il pourrait

garder la beauté

de ce qui fut

sans jamais rien

omettre

Caroline Dufour

Alors que tout s’effondre – 5/5



le silence

énoncé

plus rien ne presse

je ne poursuis

ni la fuite

ni l’élan brisé

de l’ancienne promesse

et l’ombre

presque tendre

qui collait à mon pas

de s’éloigner

comme l’eau mince

entre les pierres

SMITH

Alors que tout s’effondre – 4/5



la lumière

s’emmêle aux choses

qui tiennent encore

debout

tout autour

les ombres plient

le silence fait peau

j’écris –

pleurer n’est pas faute

mais retour à soi

après

sans bruit

dans la paume du jour

vient la joie

Guillaume Bresson

Alors que tout s’effondre – 3/5


exfoliation

de jours inutiles

dans l’espace blanc

silencieux

du trop revenir

au presque rien

n’avoir foi

qu’en l’étoile –

la lumière

veilleuse du doute

seule

la bouche hésite

devant cela

Cristina Iglesias


Alors que tout s’effondre – 1/5


le battement

à peine

d’un doigt

juste à l’endroit

de ma perte

pas un signe

pas la moindre promesse

juste un nom – le tien

et la lumière

au bord du jour qui va

se lever

Martial Raysse / Life is so complexe

Circonstances – 6



quelque chose

respire sous la nuit

j’ouvre l’oeil

un souffle vient mêler

l’aube au silence

puis un mot se glisse

et dans l’interstice

ton visage réapparait

Jean Paul Riopelle

Circonstances – 7


la nuit rentre

ses griffes

tu sanglotes à peine

je me tais

la cendre reste tiède

il y aura demain

des sourires blancs

et ce mensonge –

aller comme si

de rien n’était

Alberto Burri