(de) Jardins des vertiges


Pourquoi rien

Pourquoi quelque chose

Pour qui ces arbres


Et les mots

pourquoi les assembler

pourquoi pas


Les fleurs attendent

le bouquet


Et le sexe attend

le lever d’une aube


Laisse mon souffle devenir

le verbe de l’attente


Claudine Bertrand

Massimo Leardin

Trois haïkus


J’ai aiguisé les lames

Mon regard, à mon insu,

guette les fleurs.


Un parapluie noir

A côté du porte-parapluie

Anniversaire de la réédition


Clair de lune d’hiver

Nous nous couchons

comme un frère ainé avec sa petite sœur.


Amari Oki

Christian Michael Filardo

(de) L’herbe qui tremble

Flous dans l’ombre

du demi-jour

feuillages roux et clochers

forêts flétries

me poussent au voyage

Je sais déjà

que l’automne sera long

où j’écouterai la nuit me parler

d’éternel retour.


Christophe Mahy

André Lichtenberg

(de) Langue de chien



J’ai dû le dire,

j’entends et je le vois.

A cinq ou six faces

j’en perds mon crayon.

Non. Non, ne me dites pas que c’est

dans ma tête.

J’ai dû le dire,

il se meut et je me glisse en lui.

Non. Non pas sur terre, mais sous le jour,

à cinq ou six pattes.

Ne me dites pas que c’est dans ma tête

je ne vois qu’une chose –

je ne vois que lui.

Dominique Maurizi

Charlie Bobo

(de) Ecris la vie


ce bout de route

devant moi

plus proche de la nuit

la vraie

la véridique

je ralentis le pas

je fais semblant

d’admirer le paysage

Ruse de vivant


Abdelatif Laâbi

Dolly Faibyshev

(de) Trajet d’une voix


Parfois la distance se réduit

à si peu

à presque rien

entre la réalité

et le miroir.

La métaphore est épuisée.

On a lissé la mer


Béatrice Giraud

Sejkko

(de) Ciel sans prise

.

Je ne pouvais

plus dire

qui me veille

compte les clartés

qui épelle les

rêves et l’âme

            qui

assourdit

les offenses

            et les gris

qui encore

façonne

les surfaces.

.

Esther Tellerman

Tom Sandberg

(de) Noir tenir

.

comme si

attisée

par un souffle

soulevée

d’abord nuée légère

nébuleuse qui monte voltige s’éparpille

retombe

noir pollen

indécis

ondulé de frissons


                                    (j’imagine n’ayant vu)

.

Danièle Faugeras

Marcello Cammi

Mots

.

« Je te perdrai comme on perd un clair

jour de fête : — je le disais à l’ombre

que tu étais dans le vide de la pièce — attentive

ma mémoire te chercha en ces années

florissantes un nom, une apparence : pourtant,

tu te dissiperas, et ce sera toujours l’oubli

de nous dans le monde. »

Tu regardais le jour

évanoui dans le crépuscule, je parlais

de la paix infinie que le soir

étend sur les fleuves à la campagne.

.

Alphonso Gatto

Lauren Baker