(de) Les rideaux oranges


Marelle au bord des larmes ce matin, craquante

de larmes (beaux yeux en amande ou, au plus noir

de la nuit, vulgaire noix, noix aveugle ?) ; brise

légère. Mer lisse. Marelle qu’un enfant

berce de ses jeux transparents, de ses rires.


Nous serons emportés. Regardez les fleurs,

la rosée… Mais quel naufrage à cette hauteur

ridicule ?


Laurent Cennamo

(de) Errer mortelle


Pour seuls vivres

l’os du chemin

rongé par la lumière


pauvre est le sol

où s’use la pierre

sous les rafales du vent


citernes vides

remplies d’échos

sources taries dans l’air hautain


le chemin n’est que poudre d’os

dans la paume de la terre


José-Flore Tappy

Patxi Laskarai

A Philippe Jaccottet


Ce retrait

où garder

la lumière d’hiver

et l’obscurité,

les mots très bas

rendus à la terre,

un chant qui reste

à reprendre.

La terre

Garde

arbres, chemins ;

à terre,

restent

brindilles

et lichen

où s’accroche

sur le tard

l’or peut-être

de la lumière.

Reste

une note juste

de lumière

dans un carnet

des chemins.

La nudité

ne s’oublie

pas.

Pas.


Jean Gabriel Cosculluela

Basso Cannarsa

(de) Poèmes du temps retrouvé


Une fois pour toutes

Tu as nommé

Le monde où je dois vivre

Chaque chose

Est signe

Avant d’être chair

L’arbre le blé

La vigne

Le sang des terres

M’emporte

Tu fus ma naissance

En toi

Ma mort aura lieu

J’écoute

Venir ta vie


Hélène Cadou

Ana Vallejo

(de) Poèmes d’après



La voie tracée par les oiseaux

va d’une saison à l’autre


nous traversions des jardins

à contre-courant, vers l’enfance

les eaux claires


dans le bassin

nos jeux dispersaient

le cercle des pluies


fétu de paille, je savais brûler

quand toi, chêne d’hiver

accueillais la neige sur tes branches


Mes mains sur tes yeux clos

Là est le temple.


Cécile A. Holdban

Matthias Olmeta

(de) Seule enfance


des choses si simples

une chambre, un lit

quelqu’un qui dort

ou qui ne dort pas

une respiration de mots

jamais dits

entre les murs

qui abritent ailleurs

maintenant


Heather Dohollau

Gregory Crewdson


Sans titre



maintenant

les terrains vagues

et les oiseaux

te coulent sur la peau


si nombreux

si lourds


tu trébuches au coin

des prés


il y a bien trop de ciel

dans ton visage


trop peu de route

pour soulever la nuit


seul tu chancelles

et tout ce que tu voudrais dire

alors

n’est qu’un étourdissant

bruit d’aile


Germain Tramier

Fatma Haddad (Baya)

Tension


J’appelle quelqu’un qui appelle

le pont est long et vide

Je cours vers la réconciliation

l’asphalte est violent les réverbères

qui s’écartent

et les rails enflés

qui traversent le cœur

J’appelle quelqu’un qui appelle

quelqu’un qui appelle…


Inger Christensen

Shin Noguchi

(de) Renverse du souffle



(JE TE CONNAIS, tu es très courbée

Et moi, le transpercé, te suis assujetti.

Où flambe un mot qui témoignerait pour nous deux ?

Toi – tout à fait réelle. Moi – tout entier folie)


Paul Celan

Bertrand Delais

(de) Entrer rebelle en ère de deuil


Elaborant ma finitude

sans me laisser devenir

monstre

je m’aime aménité


Ne disant rien

préoccupée par un mirage

sans mot pour le décrire

je me forge un visage

entrant en dieu-de-moi

en maître-dieu-de-moi


Je veux

Je sais

Je veux.


Françoise Coulmin

Julia Tatarchenko