(de) Langue de chien



J’ai dû le dire,

j’entends et je le vois.

A cinq ou six faces

j’en perds mon crayon.

Non. Non, ne me dites pas que c’est

dans ma tête.

J’ai dû le dire,

il se meut et je me glisse en lui.

Non. Non pas sur terre, mais sous le jour,

à cinq ou six pattes.

Ne me dites pas que c’est dans ma tête

je ne vois qu’une chose –

je ne vois que lui.

Dominique Maurizi

Charlie Bobo

(de) Ecris la vie


ce bout de route

devant moi

plus proche de la nuit

la vraie

la véridique

je ralentis le pas

je fais semblant

d’admirer le paysage

Ruse de vivant


Abdelatif Laâbi

Dolly Faibyshev

(de) Trajet d’une voix


Parfois la distance se réduit

à si peu

à presque rien

entre la réalité

et le miroir.

La métaphore est épuisée.

On a lissé la mer


Béatrice Giraud

Sejkko

(de) Ciel sans prise

.

Je ne pouvais

plus dire

qui me veille

compte les clartés

qui épelle les

rêves et l’âme

            qui

assourdit

les offenses

            et les gris

qui encore

façonne

les surfaces.

.

Esther Tellerman

Tom Sandberg

(de) Noir tenir

.

comme si

attisée

par un souffle

soulevée

d’abord nuée légère

nébuleuse qui monte voltige s’éparpille

retombe

noir pollen

indécis

ondulé de frissons


                                    (j’imagine n’ayant vu)

.

Danièle Faugeras

Marcello Cammi

Mots

.

« Je te perdrai comme on perd un clair

jour de fête : — je le disais à l’ombre

que tu étais dans le vide de la pièce — attentive

ma mémoire te chercha en ces années

florissantes un nom, une apparence : pourtant,

tu te dissiperas, et ce sera toujours l’oubli

de nous dans le monde. »

Tu regardais le jour

évanoui dans le crépuscule, je parlais

de la paix infinie que le soir

étend sur les fleuves à la campagne.

.

Alphonso Gatto

Lauren Baker

(de) Le miroir des solitudes

.

Car, à cet instant, tu le pressens,

La réalité n’est pas achevée,

Pas encore construite, et demande à l’être comme l’est

Un fruit ouvert, dont on peut goûter la saveur, connaître

Le plaisir ; au fond, tout n’attend de toi

Qu’une seule chose : que tu lui livres en toi

Ce passage charnel

Vers sa plus intime légèreté, son être musical ;

.

Christian Monginot

Franck Creber

Comme une trace vérité

.

Comme une trace vérité
Un grand trou noir

L’autre
Une empreinte
Cendre
Jamais éteinte

Désir de paix
Sur un sol muet

Profondeur de l’oubli

Aimer
À perpétuité

.

Michèle Gautard

Gilles Daoust

(de) Lignes d’écriture

.

on s’interroge n’est-ce pas suffisant d’être là parmi tout ce qui s’offre sans fin
se sentant misérable

de n’en saisir
rien

n’est-ce pas suffisant d’être parmi les voix les corps de les toucher parfois d’être touché
et de sentir l’imperceptible

frémissement de
l’air

n’est-ce pas
suffisant

.

Christine Bloyet

Harold Feinstein