Quelqu’un quitte
et l’on retrouve par fragments
ce qui rend la scène possible chaque fois
comme une question remplie de crevasses
se renverse sur nos vies
Hélène Dorion
Serge Clément
collection de poèmes pris au hasard (ou presque)
Quelqu’un quitte
et l’on retrouve par fragments
ce qui rend la scène possible chaque fois
comme une question remplie de crevasses
se renverse sur nos vies
Hélène Dorion
Serge Clément
s’il
convient maintenant d’ouvrir les yeux,
ce
sera comme on remonte du fond d’un lac,
brasses
lentes de la pensée,
vers
la surface enfin
où nous attend d’une seule vue
l’étrangeté
des commencements.
Patricia Castex-Menier
Marine Lanier
Misère
comme une montagne sur nous écroulée.
Pour avoir fait pareille déchirure,
ce ne peut être un rêve simplement qui se dissipe.
L’homme, s’il n’était qu’un noeud d’air, faudrait-il, pour le dénouer, fer si tranchant ?
Bourrés de larmes, tous, le front contre ce mur, plutôt que son inconsistance, n’est-ce pas la réalité de notre vie qu’on nous apprend ?
Instruits au fouet.
Philippe Jaccottet
David Hurn
Et les nuages sont longs
ta langue sans prière
en cet instant illuminé
les feuilles repliées à peine
visibles et vertes
le vent agite tout ce qui bouge
vibre sur tout ce qui est
tu n’attends pas de réponse
dans ta poitrine ouverte
le soleil s’est logé entier
Noée Maire
Claire Dias Lachèse
Une halte
est-elle si souvent
recherche.
Pauvre. Dévastée. Ruelle.
En larges lettres cramoisies
déteintes
vous aviez peint au-dessus du vantail
« Cantar hacia afuera
o adentro »
Je cherchais une halte.
Je suis rentrée dans le café espagnol.
« chanter en dehors
ou en dedans » ;
Lorsqu’ils fouilleront ma voix
ils trouveront la nuit
un lys blanc
si pâle
qu’il semble larmes.
Nicole Drano
Alexej Von Jawlensky
Au pied
de ton immeuble,
des amas
de neige.
Au fond
de ton crâne,
des flocons
d’autres froids,
de purs cristaux de joie.
Maintenant,
tes yeux flambent,
collés à la fenêtre
et la neige fond
en chaque
lettre
du prochain poème à naitre
Morgan Riets
Herman Brood
Heure de vent
nuit contre la nuit,
ici, dans ma nuit.
Le vent taureau
court, s’arrête, tourne,
va quelque part ?
vent sombre
dans les entrecroisements
se brise l’âme.
Comme moi-même,
accumulation colère
sans dénouement.
Où suis-je ?
Le vent vient et va ;
Ni ici, ni là.
Miroir Aveugle.
Octavio Paz
Trent Parke
c’est danser qu’il faudrait
est-ce qu’on saura ?
est-ce qu’on saura
tomber un peu ?
laisser l’incertitude
remplir nos ventres
se tenir ne pas se tenir
entrer dans le vert
qui grandit derrière nous
mourir un peu et revenir
est-ce qu’on saura ?
Mira Wladir
Ana Vallejo
jamais le cœur si grand
qu’en haut d’une falaise
la place pour qu’il s’étende
ouvre son ciel
plein soleil
plein vent
être à soi à l’autre
au monde
pleinement
Mélanie Leblanc
Bertrand Delai
dans l’angle où on dort, une équerre de bois ferme le ciel, on écoute la nuit descendre dans la voix la plus basse, un souffle court dans les feuilles par l’herbe plaquée, couleur de bête morte, sous le temps qui penche disparaît un pays sans bruit, les mains serrent sur le drap le froid découpé vif dans la fenêtre, où on regarde on ne rejoint plus rien, on respire mal par les trous du sommeil, la lampe n’éclaire pas dehors, à peine un faisceau de gris aux bords rongés, et l’humidité des arbres, mais à portée des yeux le fil droit des rainures de sapin, la nuit de la fenêtre, plus noire dans le noir quand on allume la petite ampoule, une bête longe la barrière
Mary-Laure Zoss
Patxi Laskarai