Je ne suis pas ici

 

Je ne suis pas ici

ici n’est pas

il n’y a pas d’ici

si ici était

je ne pourrais

marcher

ni faire paroles

ici est un prétexte

dire : je pars

est un mensonge

Il y a tant d’ici

qu’aucun ici n’est

et ne s’arrête

mais volatil

on ne l’attrape

ni s’y couche

ou s’endort

ici est un mot.

 

Jean Todrani

Image Olivier Debré à Shanghai

 

Le dernier gibier (extrait)

 

Bien plus bas que ces jeux aveugles

où meurt l’espace

la gorge d’un lézard où la vie s’ensoleille

et le mur qui palpite au couchant

un brin d’herbe porte le secret

d’un monde disparu, intact

 

A la verticale soudain

le vent rit follement

qui est ce messager heureux

 

Pierre Albert Jourdan

Paul Gaugin – Paysage près Arles 1888

 

Chanson diverse

 

Même chez soi, la vie part à la dérive et sur les vagues

nous flottons sans vraiment savoir où nous allons.

 

Anonyme – extrait du Man’yōshū (8ème siècle)

A quelqu’un

 

Hier je t’ai vu en rêve et c’était la deuxième fois.

Mais six fois déjà j’ai rêvé de ton mari.

Même en rêve je ne peux parler longtemps avec toi.

Mais avec lui je parle, je me promène dans mes rêves.

Les rêves sont contre moi. Ah,

Je doute de l’autre monde !

Quand je t’ai vu en rêve, je me suis aussitôt éveillé

Et j’ai mis du temps pour me rendormir.

Mais les rêves de ton mari s’éternisent

Et le lendemain, oh, j’ai mal à la tête…

Faut-il le dire ? Une fois au moins je voudrais en rêve

Tuer ton mari, voir ce qui se passerait

Si j’en aurais quelque regret

Aru Hito Ni

Traduction d’Yves Marie Allioux

Image http://lesphotosdejielbe.fr/index?/category/165-musee_art_contemporain

(de) Sable mouvant

 

(…) Alors
Je prie le ciel
que nul ne me regarde
Si ce n’est au travers d’un verre d’illusion
Retenant seulement
Sur l’écran glacé d’un horizon qui boude
Ce fin profil de fil de fer amer
Si délicatement délavé
Par l’eau qui coule
Les larmes de rosée
Les gouttes de soleil
Les embruns de la mer.

Pierre REVERDY

Image Tsuruko Yamazaki