(de) La lampe sous le boisseau

.

Juillet

Le bord de mer est une ville

La foule essaie

De l’œil

De marcher sur les vagues

.

Une femme vend des beignets

.

Le soir

Quand personne n’aime plus

Personne

.

Un couple

Sans bouger

Va remplacer la mer

.

Philippe De Boissy

Martin Parr

Vers tristes à Zi’an au bord de la rivière

.

Des myriades de feuilles d’érable

Sur des myriades de feuilles d’érable

Découpées devant le pont,

Quelques voiles rentrent tard dans le crépuscule

.

Combien me manques-tu ?

.

Mes pensées s’écoulent

Avec les eaux du fleuve de l’Ouest,

Elles courent vers l’Est, sans cesse

Jour et nuit.

.

Yu Xuanji (844-871)

Li Shuang

(de) Cheveux emmêlés

.

« Ainsi le poème

Il faut que je vacille ! »

Me dit cet ami

A qui je montre la tristesse

Dans la fleur d’un sourire ».

.

Yosano Akiko

Zao Wou-Ki

Mer

.

Tu es là

sur l’autre chaise.

Tu vis le monde à part

à l’autre bout de la table

Ton  regard est là-bas,

tes voix sont

des oiseaux qui reviennent

de la mer de là-bas,

tes mains jouent sur la table

nomades infatigables

de cette étendue bleue.

Je fais du morse,

des signaux de fumée

je lance une bouteille

au bord de cette mer

je lance mes troupes

conquérir

les terres saintes

j’allume les braises

du même rêve.

Mais toi tu es si loin

au bout de tant de mer accumulée.

.

Victor Manuel Mendiola

Malcolm T. Liepke

(de) Inventaire I

.

plusieurs

ce qu’il en reste

celle qui est là et l’autre – toi peut-être aussi – et

moi moi

cercle sur cercle

solide chaos

.

il n’y a plus ni surface ni fond

et nos silhouettes se baignent blafardes

rien à signaler

– y suis-je encore sans suite

enfant perdue faille trou dans l’archive

.

Denise Desautels

Maite Gerrero

Repos

.

finalement tu atteins

le dimanche où sont amarrés des nuages

.

repos, tout comme d’un mensonge

se méfier des regards à l’affut

.

il joue sur le clavier

jours blancs et nuits noires

.

joue demain

cette chaine du bonheur

.

la mort libérée de l’ombre

verrouille le ciel

.

Bei Dao

Alex Veledzimovich

(de) Phrases pour un orage

.

On n’est pas heureux

Sous l’azur fragile.

.

En ce jardin je sais je ne sais quoi.

Les feuilles sont un peu plus larges,

Un peu moins vertes que leur nom.

.

L’azur enfante l’ombre

(Le fruit de sa pourriture).

.

La terre aborde son silence

Qui l’attendait.

.

Jean Tortel

Jordi Ruiz Cicera

(de)  Boue

XIX

.

assez longtemps après

ce ne sont plus les dessins qui viennent

mais le bleu

.

vrai

il ne servirait à rien de retourner

.

il ne sert à rien même

de se retourner

encore

.

encore que

les arbres oui peut-être les arbres

le double platane

peut-être

le vent ou le rien des ces soirs

dans la vitre et cet espèce de calme

intense

.

Ce fouillis de feuilles

.

de quoi fait-il vraiment

se souvenir

on se demande

.

Antoine Emaz

(de) Le ciel brûle

.

La guerre, la guerre ! – Encens et icones –

Les éperons jacassent,

Mais je n’ai rien à faire ni du tsar

Ni des querelles des peuples.

.

Comme sur une corde fêlée

Je danse – petit danseur.

Je suis l’ombre d’une ombre. Je suis lunaire

De deux sombres lunes.

.

16 juillet 1914

Maria Tsvétaieva