Je vous l’avais bien dit :
Tout l’art consiste dans l’éternel retard.
Annie Le Brun
Issei Suda
collection de poèmes pris au hasard (ou presque)
Je vous l’avais bien dit :
Tout l’art consiste dans l’éternel retard.
Annie Le Brun
Issei Suda
Avant je te disais
Je n’aime pas la perfection
mais j’aime l’absolu
J’ai vieilli et tout est devenu
flou
comme les nuits d’hiver quand on
n’ose plus s’éloigner de la lampe
de la chaise
de peur de passer le brouillard entre
les vivants et les morts
Sandra Lillo
Dolores Marat
Berge du lac de l’Ouest
rouges et bleus
tabourets d’enfants en plastique
thé aux pétales de lotus
son or entre les dents noires
des femmes aux yeux cataractés
à la noix d’arec le café
les grains de sucre raclent
le gosier des hommes silencieux.
Sabine Huynh
Bertrand Delay
Cette nuit le diable avait forte carrure
tenant sa proie de solitude croyait-elle
un bleu pur nous réveille
quelle ombre de toi s’est nouée à mes plis
me déprendre
délivrer tout mon dû frissonnant
je, nue, à l’ombre déployée
plus de quarante foulées dépensées
sans visible sésame
enfin la source pleure
et la forêt gorgée de nids
Sabine Dewulf
Richard Tuchman
une idée un reflet
ne plus sentir le sol
dire détours déboires coups de dés
ignorance
encore les nerfs
un coin de peau
et le geste unique
savoir pourquoi les gens vivent
trop de bouches
d’odeur spirituelle
écriture aigre
tant de virtualité
renvoie à la mort
on coupe
par réalisme
Bernard Noël
Anthony Morel
seule avec toi
dans le silence vert
je respirerai au plus léger
l’invisible
Du fond des eaux frémira la lumière
Je te retrouverai
Roselyne Sibille
Trente Park
Ombre glissant dans l’ombre
chassée par l’ombre la chassant
à travers troncs branches et feuilles
tu te glisses
La plante de tes pas
Tu agites les eaux
les déploies en rouleaux frangés
qui feuillettent les terres
les étagent
déplient
de page en page
Raphaël Monticelli
Mikiya Takimoto
du bout du regard
Le flux m’entraîne
Vers un autre
Sans le rejoindre
Et c’est moi
Pas besoin de mots
Le fleuve l’esprit le corps
Le fil de l’eau épouse la forme des questions et les dissout
Nous n’avons qu’un visage
Nous sommes le commencement et la fin
Pas besoin de nous connaître nous savons
Intimes que l’autre n’existe pas
Nous ne formons qu’un
En discontinu
Il englobe de soi à soi l’espace et le temps
Pierre Rosin
Martin Kippenberger
Quelqu’un quitte
et l’on retrouve par fragments
ce qui rend la scène possible chaque fois
comme une question remplie de crevasses
se renverse sur nos vies
Hélène Dorion
Serge Clément
s’il
convient maintenant d’ouvrir les yeux,
ce
sera comme on remonte du fond d’un lac,
brasses
lentes de la pensée,
vers
la surface enfin
où nous attend d’une seule vue
l’étrangeté
des commencements.
Patricia Castex-Menier
Marine Lanier