(de) Traverso


il pleut

la mer se retire du paysage

dans une barque retournée

la poésie vaut-elle la peine ?

comme si la mer se retirait

comme c’est pompeux comme c’est loin

d’un chagrin singulier

on rentre les épaules

on rentre les mots

il pleut


Véronique Wautier

Hélène Bamberger

Le tesson tiède 3/3



je me dis

dans un souffle

à peine –

je n’efface rien

je demeure

en moi


comme un lieu

où la lumière

change de place

sans jamais

révéler

d’où elle vient

Caroline Dufour

Sans titre


Commencer à écrire… devant la plage blanche, ou l’écran gris… Respirer… une phrase… une ou trois… ou le vide… Rêver… rouvrir le cahier, le fichier… laisser du blanc… Recommencer… rien de sacré… s’ennuyer… aller vers la dixième phrase… à la ligne… Marcher… nager… ouvrir le frigo… Raturer… Couper, jeter… Faire des listes… Reprendre… poursuivre… Déchirer le plan… Ou fabriquer un cadre, inventer des contraintes… Écrire à nouveau… écrire à neuf… ou à l’ancienne… Relire… Monter, recouper… Non… Jeter… Jeter toutes les transitions, abattre les échafaudages… Oui… Suggérer… Ne pas expliquer… Plier du linge, sortir le chien… Métaphores ? … Images ? … Lire… Régler la focale… Ecrire un personnage… Faire des erreurs… Combien d’adjectifs…? Lire à neuf… Oublier… Se souvenir… Accepter… Continuer… Persévérer… Chercher la justesse… la note, la mesure… le rythme, la touche… S’obstiner… glisser… Rêver encore… aller vers la porosité, vers la transe légère… Aller vers la fin… reconnaître la dernière phrase… Céder… Entendre l’avant-dernier mot… encore un… Tout changer… Finir, peut-être… Et le titre ?

Marie Darrieussecq

Y. Park

(de) Creuser la nuit


Creuser

– seule loi, pour qui encor s’obstine

à désirer : l’espace autour de nous

a fondu, là-bas n’est plus

qu’au-dedans – seul

labyrinthe


Sylviane Dupuis

SMITH

(de) Se recoudre à la terre



on n’en fait rien de

la neige

(toute l’épaisseur de

ce monde dans une fenêtre)

tout juste se demande-t-on

comment ce sera une fois

que tout aura fondu

si la vie sera la

même

et si c’est bien la neige

qui bloque les siens

dans le

silence


Sophie G. Lucas

Sigmar Polke

(de) Dans un lieu commun



assommant philosophe pessimiste

tu mourras

very old comme un fernet branca

emporté par le mal de vivre

qui t’a consolé

toute ta vie


Paolo Universo

Ormond Gigli

(de) Au bord


D’autres phrases plus proches que les miennes

D’autres silences mieux découpés


Civière, bras inconnus, couloir, ciel, ciel


Tellement plus de feuilles sur les arbres

La ressemblance, trace et oubli


Dans cette histoire quelqu’un lance une flèche, s’en va mourir où la flèche tombe

Ou bien c’est un souvenir de forêt, de courage


Sereine Berlottier

David Alan Harvey

(de) Au bord

Debout mais

plus grande couchée moins

atteinte tout

recommence


Curieusement les oiseaux survivent les

fleurs survivent les arbres ne sont

pas arrachés ni la toile d’araignée

dans l’angle du volet secoué


L’écume vise

l’obstination d’une parole

que la répétition

ne désagrège pas


revient

sans venir à bout d’une

phrase

qui dirait

l’épuisement

du rivage


mère-vague et tempétueuse


Sereine Berlottier

Jean Louis Saiz