Ombres roses ombres

 

Sous un ciel étranger

ombres roses

ombres

sur une terre étrangère

entre roses et ombres

dans une eau étrangère

mon ombre.

 

Ingeborg Bachmann

 

 

 

 

(de) L’absente

 

Dans une barque éteinte

Je dors à petit feu

La vie me porte

et je la porte Une voix tremble

La maison se recueille

Le jour n’a pas de nom

 

Georges Haldas

 Karla Leyva

 

 

(de) Face à la nuit

 

Il y a terreur, mais

aujourd’hui,  je peux marcher :

bien travaillé, aplani les jours et

les coups, je me souviens, la voix

de l’autre coté : tu n’as rien vu et

terreur, encore, a frappé, mais

les cris, ce jour, se sont éloignés et

là-bas, comme elle se resserre,

je marche, elle crie

je marche dans l’écho,

jusqu’au bout de sa parole.

 

Alain Veinsten

Mauricio Alejo

 

Hiver

 

Au cœur de l’hiver,

Contrairement à toute attente,

Au milieu des arbres

On croirait voir des fleurs

Tant il est tombé de neige.

 

Ki no Tsurayuki

 Lau BLOU

 

Imaginer autre chose

 

Entre le vrai et le faux

Nous devons mille fois traverser cette ruche en fleurs

 

On les entend s’épanouir

Et les mots fabriqués s’effondrent

 

A cet instant

Où la lumière est encore évoquée

 

Un vol d’oiseaux

Devient l’ordre du néant

 

Immobiles au firmament

Tous les oiseaux sont blancs

 

Comme dans la douleur

Une épine sanglante

Qui feinte

 

Huang Guang Dao

 Oleg Oprisco

Au loin

 

Mutité à nouveau, spacieuse, une maison – :

Viens, tu dois habiter.

 

Heures, qui s’échelonnent, belles comme malédiction : atteignable

est l’asile.

 

Plus mordant que jamais l’air qui reste : tu dois respirer,

respirer et être toi.

 

Paul Celan

Jeff Wall

 

 

Un morceau de lumière

 

J’écris des dates

le temps qui les traverse

ne laisse qu’un peu de poudre humide

parfois les feuilles remuent

le ciel n’est pas le ciel

le jour est un reste de regard

 

Jacques Ancet

 Cristina Coral

 

 

 

Armure du matin

 

Je ne sors plus

de moi. Je traverse

mes lèvres

sans voir que le soleil

déchire l’air

des murs

J’invente des couloirs

où le froid s’accumule

courbe

jusqu’à ce cri.

 

Claude Esteban

 Amy Colebrook

(de) S’il descend vers un monde

 

entouré de mystères ce qui file

au tréfonds de lui-même ce sont des ces rêves que sans doute

il ne pourra réaliser

ces passions sans fondement auxquelles sa faim aspire

un amour sur le point d’être effacé

et lui qui a connu la honte de ce qui s’écrit sur la page blanche

lui s’embarquera dans le futur

 

Yoshimoto Takaaki

Émilie Keener

 

 

Voie morte

 

Adieu, dit-elle. Rendant close la ville.

Hier même, par son extrême absence,

ma chérie, la poupée d’argile,

sans autre avertissement s’est jetée dans le vide.

La bibliothèque s’effeuille. Les tableaux

se réduisent à de simples taches çà et là.

 

J’entends de tous côtés le grillon de la Lune.

 

Je descends, le cœur sur la main, par la voie morte

d’un mauvais rêve dont on ne peut plus se réveiller.

 

Roberto Sosa

 Aimée Hoving