Vers qui suis-je partie ?
Je n’entends plus l’appel
d’un nom ou d’un visage.
Il me suffit ici
d’une saison sans roses,
d’un beau temps de péril,
d’une pénurie grande,
d’un désir si brûlant
que l’espace y prend feu.
Anne-Marie Kegels
Valérie Belin
collection de poèmes pris au hasard (ou presque)
Vers qui suis-je partie ?
Je n’entends plus l’appel
d’un nom ou d’un visage.
Il me suffit ici
d’une saison sans roses,
d’un beau temps de péril,
d’une pénurie grande,
d’un désir si brûlant
que l’espace y prend feu.
Anne-Marie Kegels
Valérie Belin
En quelle nuit
de mon sommeil as-tu
bu jusqu’à l’ivresse à la source
qui jamais ne tarit, en quelle
nuit où je dormais ?
Ô sombre, sombre ta livrée
Plus noire que la nuit.
Notre douleur est ta tendresse,
et maladroit ton chant
emplit la rue, ô matinale
soulé. En quelle nuit de mon sommeil
emplit notre destin
l’oraison ivre de celui-
là qui sans avoir précède
oiseau de midi pour la seconde mort
Gérard Bayo
Andoni Beristain
Un chemin qui est un chemin
sans être un chemin
porte ce qui passe
et aussi ce qui ne passe pas
Ce qui passe est déjà passé
au moment où je le dis
Ce qui passera
je ne l’attends plus je ne l’atteins pas
Je tremble de nommer les choses
car chacune prend vie
et meurt à l’instant même
où je l’écris.
Moi-même je m’efface
comme les choses que je dis
dans un fort tumulte
de bruits, de cris.
Jean Tardieu
Erwin Olaf
Mosaïque des champs de maïs
les épis poussent dorés par la lumière
Dans l’escalier
ses pas réveillent les flamboyants
Cœur de feu,
pétales couchés par le soleil
Le sang monte des talons
jusqu’à la fleur des cheveux
Alberto Blanco
François Baron Renouard
Je me souviens
de poèmes sauvages
peu nombreux
telles des plantes nouées
qui naissent
sous la véranda
je les récite
sans bouger les lèvres
sous l’eau
ma peau a changé
je ne crois pas aux baisers
Elise Turcotte
Il y a longtemps
nous fumes
avec la chevelure
et le serpent.
Nous avions inventé
des fables
superposé
les promesses
célébré l’alliance
voulu peindre
l’encre et le rose
Esther Tellerman
Dominique Cahier
Espace. Grande attente.
Nul ne vient. Cette ombre.
Lui donner comme ils font tous :
des significations sombres,
non effarées.
Espace. Silence ardent.
Que se donnent-elles entre elles les ombres ?
Alejandra Pizarnik
Trent Parke
Profond dans la
roche qui
fossilise –
plus là –
le vent continue de bouger,
les orignaux poursuivent leur chemin,
les oiseaux atterrissent, et s’en vont –
nuages, brouillard, jours ensoleillés –
tout s’enfonce lentement
dans la pierre –
vient le jour et nous avons disparu
(plus visibles –
– plus durs et plus bas –)
Gary Lawless
Florence Monmare
Simplement cette mare à l’odeur resserrée.
J’avance au bord des mots
jusqu’en ce petit corps à la narine large,
complice de la terre.
Voisine des racines,
la surface n’a rien du miroir.
Ce qui descend demeure.
Sabine Dewulf
Emeline Blanquet
Où es-tu :
Qui ?
Sous la lampe, entourée de noir, je te dispose :
En deux dimensions
Du noir tombe
Sous les angles. comme une poussière :
Image sans épaisseur voix sans épaisseur
La terre
qui te frotte
Le monde
dont plus rien ne te sépare
Sous la lampe, dans la nuit, entoure de noir, contre la
porte.
Jacques Roubaud
Elsa et Johanna