Où es-tu ?


Où es-tu :

Qui ?

Sous la lampe, entourée de noir, je te dispose :

En deux dimensions

Du noir tombe

Sous les angles. comme une poussière :

Image sans épaisseur voix sans épaisseur

La terre

qui te frotte

Le monde

dont plus rien ne te sépare

Sous la lampe, dans la nuit, entoure de noir, contre la

porte.


Jacques Roubaud

Elsa et Johanna

(de) On est bien là



Ça paraît mort

fait le mort

Une simple encoche

Voir si le camélia rouge

aux branches nues et sèches

est là-dessous

encore vert vivant sous

les cendres apparentes


Clélie Lecuelle

Yann Gaillot

(de) Tu dis délivrer la lumière


Nos souffles puisent à la source

qui précède la fièvre


soutenue par le bond de lumière

tu pousses la question

qui t’élève déjà vers la pointe des vagues

ton corps est le navire


le silence me berce encore

je cherche son assise

dans la rumeur inquiète

repasse mes contours sur les lignes flottantes


Sabine Dewulf

Edvard munch

Annales



Chaque jour

en rentrant à la maison

je n’arrive pas à reconnaître les saisons

pourtant les roses la neige le raisin

il y a ta voix pourtant

à chaque fois des décennies passent

comment faire

je ne m’en souviens pas


Mia Lecomte

Araki

Une balançoire


Sous la balançoire

deux sillons parallèles

tracés à coups de pieds

comme coups de dents

dans un fruit vert

la terre labourée exhale le jeu – l’envol à peine

pendule entre ciel et terre

la chanson du bois ouvre sur tant de mondes

dans le grincement des cordes

se lève la brise du large

les voyages de l’enfance

sans frontières ni langage

une planche dans le désert

source des imaginaires innocents


Ada Mondès

Alain Laboile

Amarna



: qu’adviendra-t-il de l’espace

qui m’appartient quand

je n’y serai plus ?

dans l’ombre.

sur le dos.

je me souviens.

je veux oublier.

je ne suis pas plus vieille

que je ne le fus jamais : détail de mon visage

dans le miroir gravé par mes ongles :

écouter dans l’ombre.

avec quelle peine

mon cœur bat.


Mila Haugová

Emmanuelle Becker

Sans titre


Au bord du

carré ébloui

les cassis odorants – coriaces – odorent

et je regarde

la pie sur l’herbe fraîchement coupée. Blanches

rémiges rangées sur le corps noir

beau ventre blanc et flancs quelle

mécanique suscite ainsi

ses saccades éblouissantes

m’étourdissent


Adèle Nègre

Lua Ribeira

la fin



La fin du soleil rasoir

Le manteau d’arbres léopardés

Les lignes temporelles

Et

Un claquement de doigt.


Le village transpire

Les martinets nagent

S’étiole la compagnie.


Quand je suis devenue oiseau, je suis devenue martinet

Devant moi, vivait un peuple d’air aux sons bénéfiques

J’ai aimé disparaître, sortir du temps.


Marine Vassort

Clara Chichin et Sabatina Leccia

(de) Un voyage sans nom



J’ai marché avec les navires

me suis tenue près des ponts

on m’a jetée à la rue

avec les feuilles tombées des ormes.

J’ai possédé un automne

un nuage de lumière

près d’une sombre cheminée

et un nom étrange

que personne n’a pu deviner.


Leah Goldberg

Newsha Tavakolian