Le thé

.

tu n’as plus soif

ni faim

ni même peur

tu n’auras rien

.

le geste précis

de l’eau

du feu

et de l’homme

te sauvera

.

tu ne seras pas l’eau

ni le jeu

tu ne seras même plus l’homme

tu

seras le miracle

peut-être même le miraculé

.

tu seras celui qui revient

le revenant

.

Arezki Metref

Jean Louis Saiz

(de) Le conte immergé

.

à semer des étoiles

il pourrait apparaitre des images

plus étonnantes que des rêves

des animaux

plus monstrueux que nos malheurs

.

tenir closes plus longtemps nos paupières

nous risquerons de n’avoir plus

dans l’âtre

que le tison du conte

refermé

.

Jamel-Eddine Bencheikh

André Steiner

(de) Concernant la latte

.

Pendant la nuit

ils ont remplacé la forêt

par de la forêt

les oiseaux

par des oiseaux, le renard

par un renard.

Dehors

à l’aube

la neige tombe, une carcasse

de voiture devient blanche

près du lac, au jardin

ni abeille ni

libellule ni

enfant –

Nous partons.

Le dernier

éteint le feu.

La bougie qui s’éteint

est un soleil

qui meurt.

.

Lewin Westermann

Tessa Verde

(de) Oberland

.

J’ai tout dit à la montagne. Notamment que je n’arrivais plus à vivre. Elle m’a répondu négligemment en soufflant sur mon feu que ce n’était pas grave, que vivre n’était qu’une idée, que la nuit  venait tous les jours, qu’il fallait s’allumer une cigarette, laisser bruler lentement, le mauvais bois, le mauvais sang. Le temps ici change vite.

José Gsell

Joseph Mallord William Turner

Le Pont

.

Et tout en bas l’Inn avec son eau et l’enfant qui

court sur le pont couvert

et s’arrête près d’une des petites ouvertures.

Alors le pont se met lentement en mouvement,

puis toujours plus vite, il s’en va lui-aussi avec l’eau

de l’Inn vers la grande courbe, et après

la courbe, c’est la mer.

Quelqu’un appelle, l’enfant se retourne,

le pont s’arrête et revient aussitôt à sa place.

Seule l’Inn poursuit son cours.

.

Rut Plouda

Erich Heckel

Enfant

.

Ton œil clair seul est d’absolue beauté

Je veux y couler des coqs, des couleurs,

Toute une jonglerie clinquante

.

Dont tu médites les syllabes –

Calumet, jonquille,

Minuscule

.

Plant sans ride

Mare où les images

Devraient se parer de grandeur classique

.

Non pas ce trouble,

Ces mains tordues, ce noir

Plafond sans étoile.

.

Sylvia Plath

Samson Chen

(de) Récits des images

.

Je rêve de pleurs et de froid

J’écoute

Le gel couvrir la neige

Et le matin

Est lenteur de plantes,

Immobilité de la ténèbres.

Qui loge dans ma maison

Sinon le murmure

Et la foudre ?

Aujourd’hui je m’appelle poussière.

Je suis habillé

Par des losanges, des yeux.

Je regarde mes paumes

Et Quelqu’un me fixe

Qui ne dit mot.

.

Pierre Dalle Nogare

Jordi Ruiz Cicera

(de) L’arbre à poème

.

Laver son cœur

Le faire sécher

le repasser

le suspendre sur un cintre

Ne pas le replacer tout de suite

dans sa cage

Attendre

la clé charnelle de la vision

l’impossible retour

le dénouement de l’éternité

.

Abdellatif Laabi

Thom Corbishley

Sans titre

.

celui qui veille ne voit pas l’entrée

de la nuit, une rupture

dans l’histoire, une étoile

l’étoile dans le sommeil, dans le souffle, exactement

hors de portée

.

Hanne Bramnes

Léonard Tsuguharu Fujita

(de) Chemin faisant

.

Ici, ou je vis, en attente

je longe

la dure précision du sommeil

.

Je prends appui

sur la disparition

de tout appui

.

Funambule

sur page –

.

patiemment

entre deux vides

je couds une ligne

.

qui me rejoindra

où je me suis oublié

.

Philippe Denis

Daniel Miller