Conseil pour le temps présent

.

Avant tout

tu dois croire

que le jour survient

quand le soleil se lève

Mais si tu ne le crois pas,

dis oui.

Ensuite,

tu dois croire

et de toutes tes forces,

que la nuit survient,

quand la lune se lève.

Si tu ne le crois pas,

dis oui,

ou approuve en hochant la tête,

cela ils l’acceptent également.

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Ilse Aichenger

Martin Parr

(de) Corps, maisons, tumultes

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La femme qui coud

vit dans le feuillage

d’un hiver sans oiseau.

Mais l’aube. Mais le temps.

Mais le garçon glacé

qui déchire les poèmes

qu’il n’écrivit jamais.

Roue de feu qui délire.

Obscur sans bleu

des mots frottés de mort.

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Jacques Izoard

Jam Southam

(de) Autant que possible

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Soir. Le ciel vire lentement et on passe dans l’air sans poids, dans l’espace soudain démesuré du mot ciel. Tout repose et on va comme on dort, sans comprendre quelle clé a tourné. D’évidence, il reste peu de temps : cela va se refermer, il n’y aura plus ni soir ni bleu, juste une vitre salle, la nuit, la lampe.

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Antoine Emaz

Natacha Nikouline

(de) Beaupré

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quelque chose

de ton souvenir

n’est plus le même

entendre

ma voix tu ne l’entendras plus que ne l’as-tu

écrire

et quand je pense à toi il n’y a plus que des mots

perdue

noyée dans le seul mot qui reste

Beaupré

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Eric Sautou

Cig Harvey

(de) La lampe sous le boisseau

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Juillet

Le bord de mer est une ville

La foule essaie

De l’œil

De marcher sur les vagues

.

Une femme vend des beignets

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Le soir

Quand personne n’aime plus

Personne

.

Un couple

Sans bouger

Va remplacer la mer

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Philippe De Boissy

Martin Parr

Vers tristes à Zi’an au bord de la rivière

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Des myriades de feuilles d’érable

Sur des myriades de feuilles d’érable

Découpées devant le pont,

Quelques voiles rentrent tard dans le crépuscule

.

Combien me manques-tu ?

.

Mes pensées s’écoulent

Avec les eaux du fleuve de l’Ouest,

Elles courent vers l’Est, sans cesse

Jour et nuit.

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Yu Xuanji (844-871)

Li Shuang

(de) Cheveux emmêlés

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« Ainsi le poème

Il faut que je vacille ! »

Me dit cet ami

A qui je montre la tristesse

Dans la fleur d’un sourire ».

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Yosano Akiko

Zao Wou-Ki

Mer

.

Tu es là

sur l’autre chaise.

Tu vis le monde à part

à l’autre bout de la table

Ton  regard est là-bas,

tes voix sont

des oiseaux qui reviennent

de la mer de là-bas,

tes mains jouent sur la table

nomades infatigables

de cette étendue bleue.

Je fais du morse,

des signaux de fumée

je lance une bouteille

au bord de cette mer

je lance mes troupes

conquérir

les terres saintes

j’allume les braises

du même rêve.

Mais toi tu es si loin

au bout de tant de mer accumulée.

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Victor Manuel Mendiola

Malcolm T. Liepke

(de) Inventaire I

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plusieurs

ce qu’il en reste

celle qui est là et l’autre – toi peut-être aussi – et

moi moi

cercle sur cercle

solide chaos

.

il n’y a plus ni surface ni fond

et nos silhouettes se baignent blafardes

rien à signaler

– y suis-je encore sans suite

enfant perdue faille trou dans l’archive

.

Denise Desautels

Maite Gerrero