Jacques Izoard

 

« Le poème conduit, confusément, vers ce que l’on est.  Mais que d’échecs, que de chemins battus sans issue ! Nos mots les plus simples bougent, pourtant : vois le geste de l’a, le geste du b. Ainsi court la phrase, ainsi s’accroche-t-elle au papier. Pour tous, la poésie regorge de mots. A travers elle, nous sommes sains et saufs. Mais vit toujours la ville et ceux qui vivent ici, ceux qui disent « muscat », « coups pleuvent », « courants d’air ». »

Jacques Izoard (de « Vêtus, dévêtus, nus : poèmes »)

 

Aux amis inconnus

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« La poésie est seule et elle ne vit vraiment que par les yeux des amis inconnus (comme l’écrivait Supervielle), ces lecteurs qui entrent soudain en sympathie avec un univers ou une simple phrase susceptibles d’ouvrir des portes, de débusquer une pulsion, de faire de l’ici un ailleurs (et vice versa). Les amis inconnus constituent le véritable pouvoir de la poésie.  » / Daniel Leuwers (extrait de La Place du poème)

 

 

 

Léonard Cohen

 

 » Chaque poème qui vous touche est comme un appel qui nécessite une réponse. On veut y répondre avec sa propre histoire. Les romans avaient tendance à me rendre silencieux : vous vivez avec un roman pendant tout un moment , vous devenez vous-même le roman. Je n’ai jamais éprouvé le besoin de répondre à un roman. Mais dans les poèmes, cette distillation du langage, cette espèce de rapidité et d’agilité coïncidait avec quelque chose de ma propre nature, de mon esprit.  »

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Léonard Cohen (in « Les Inrocks, 10 ans, l’album »)

 

Jim Jarmusch

« Je suis très attaché à l’idée que nous ne parlions pas tous la même langue. Non pas pour des questions d’appartenance ou d’enracinement, mais pour la richesse qui en découle. Quand j’étais étudiant à Paris, je me souviens avoir demandé à un ami de me traduire les poèmes de Mallarmé, et la version qu’il en donnait était délirante. Les images changeaient. Il trouvait des équivalences bizarres et ça créait une langue magnifique. C’est ce que j’aime dans la poésie : elle est difficilement traduisible. »

Jim JarmuschEntretien avec Laurent Rigoulet

Eric Chevillard

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 » Le poète d’aujourd’hui lit encore (un peu) ses pairs ; c’est l’amère condition pour être lu par eux (un peu) à son tour. Mais la désaffection plus vaste des lecteurs épris de littérature semble définitive et sans recours. Rimbaud reste notre héros, nous affirmons encore volontiers que la poésie est l’expression la plus haute la plus du génie humain, la plus belle incarnation du verbe : de là à mettre  le nez dans un de ces recueils abscons, il y a un gouffre. »

Eric Chevillard – Préface de « Etude de l’objet » de Zbigniew Herbert

Andrée Chédid

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« Au fond, qu’est-ce que la poésie sinon l’interrogation sur les choses décisives de la vie, l’amour, la mort ? Je crois que j’ai écrit des romans pour essayer de dire ce que je fais en poésie ! [Rires.] Les gens s’imaginent que la poésie c’est obscur, un truc éthéré, un machin qui virevolte dans l’air. Alors qu’elle touche à l’essence de l’homme. Écrire un poème, c’est prendre la vie à bras-le-corps, en tirer tout le vif. Le vif de la vie c’est aussi accepter la mort. »

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Andrée ChédidTélérama, octobre 2000

Pierre Reverdy

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 » Il n’y a pas de mots plus poétiques que d’autres. Car la poésie n’est pas plus dans les mots que dans le coucher du soleil ou l’épanouissement splendide de l’aurore – pas plus dans la tristesse que dans la joie. Elle est dans ce que deviennent les mots quand ils atteignent l’âme humaine, quand ils ont transformé le coucher du soleil ou l’aurore, la tritesse ou la joie.

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Pierre Reverdy in « Cette émotion appelée poésie » (1950)

 

 

 

 

Simone Weil

« Ne jamais faire de violence à sa propre âme ; ne jamais chercher ni consolation, ni tourment ; contempler la chose, quelle qu’elle soit, qui suscite une émotion, jusqu’à ce que l’on parvienne au point secret où douleur et joie, à force d’être pures, sont une seule et même chose : c’est la vertu même de la poésie. »

Simone WEIL – « Écrits historiques et politiques »

Thomas Stearns eliot

 

Me voici donc à mi-chemin, ayant eu vingt années

– en gros vingt années gaspillées, les années de l’entre-deux guerres –

Pour essayer d’apprendre à me servir des mots et chaque essai

Est un départ entièrement neuf, une différente espèce d’échec

Parce que l’on apprend à maitriser les mots

Que pour les choses que l’on a plus à dire, ou la manière

Dont on a plus envie de dire. Et c’est pourquoi chaque tentative

Est un nouveau commencement, un raid dans l’inarticulé

Avec un équipement miteux  qui sans cesse se détériore

Parmi le fouillis général de l’impression du sentir,

Les escouades indisciplinées de l’émotion. (…)

 

Thomas Stearns Eliot – extrait de Quatre quatuors

 » Je suis quelqu’un de solitaire et je suis aussi quelqu’un qui n’essaie pas d’échapper à la solitude. Je plonge silencieusement dans ma solitude et je l’accepte en conversant avec elle. Je pense qu’au final nous sommes tous solitaires. On essaie de s’exprimer, on essaie de remplir sa vie avec des activités variés, des interactions sociales, de se mettre au centre de la société, mais enfin, tout cela a pour but d’échapper à la solitude… »

Yoko Ogawa

 

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