En mars



la boue

contient

encore

un peu de ciel

les arbres

hésitent

à reprendre place

chaque pierre

attend

une main

je respire

un peu

comme on ment –

juste assez

pour que la ville revienne

Sara Silk

Sans poids



à force

quelque chose

s’ajuste

au pas des pierres

je marche là

dans le vent

non pour advenir

mais pour garder

ce mouvement

sans entrave

et sans poids

ainsi

le temps

devient presque

habitable

Grade Salomon

Angle mort



je fouille

sans précaution

dans l’angle mort

de l’absence

j’y trouve

une mer encore vive

l’élan soudain

aussi l’errance

le gisant

d’une langue lasse

des pans de lumière

sans halo

Francesca Woodman

Si étrange est le jour



la lumière

affleurant le mur

je me tourne

sur le côté


je cède

au silence

l’absence revient

je devais songer


pourtant

tout était là

sous mes yeux

intègre

presque entier


même le poème

dans la chambre

obscure

semblait respirer

Jack Davison


En chemin



le vent passe

encore chaud

il laisse

sur la peau

une trace

aussi légère qu’un jour

amoureux

moi ?

je ne cherche rien

je regarde

le mouvement des choses

je reprends la lenteur

oubliée

George Kamelakis

Le long silence


le monde

se déplie

où nos corps

ne pèsent presque

plus


un voile

un passage d’air

le jour hésite


le silence

est bien plus lumineux

que tout

ce qui nous est acquis

Jean Michel André

L’eau du jour



le cœur

change de rive

il ne serre plus

s’éloigne

il écoute la rumeur

des herbes

le vent clair

l’oiseau qui crie

il sait

désormais

qu’un passage

existe

Bruno Fert

L’attente



le pas posé

sans témoin

la main laissée

ouverte

de quelque chose

qui ne promet rien

insiste

plus que le poing levé

ou des mots trop sûrs –

le souffle

au milieu de la nuit

Kile Thomson

En hiver




un trait d’écume

se forme

sous nos pieds

un geste

sans mémoire

qui revient –

dis-tu

sans que le rivage

ne se lasse

Constantine Manos