la boue
contient
encore
un peu de ciel
les arbres
hésitent
à reprendre place
chaque pierre
attend
une main
je respire
un peu
comme on ment –
juste assez
pour que la ville revienne

Sara Silk
morceau d’une chose qui a été déchirée
la boue
contient
encore
un peu de ciel
les arbres
hésitent
à reprendre place
chaque pierre
attend
une main
je respire
un peu
comme on ment –
juste assez
pour que la ville revienne

Sara Silk
avant
de tendre la page
au regard d’un autre
je me plie
à la forme qui cherche
à naître
l’oiseau
là-haut
déjà échappe –
peut-être
a-t-il déjà atteint
le jardin
que nos yeux ne peuvent
connaitre

à force
quelque chose
s’ajuste
au pas des pierres
je marche là
dans le vent
non pour advenir
mais pour garder
ce mouvement
sans entrave
et sans poids
ainsi
le temps
devient presque
habitable

Grade Salomon
je fouille
sans précaution
dans l’angle mort
de l’absence
j’y trouve
une mer encore vive
l’élan soudain
aussi l’errance
le gisant
d’une langue lasse
des pans de lumière
sans halo

Francesca Woodman
la lumière
affleurant le mur
je me tourne
sur le côté
je cède
au silence
l’absence revient
je devais songer
pourtant
tout était là
sous mes yeux
intègre
presque entier
même le poème
dans la chambre
obscure
semblait respirer

Jack Davison
le vent passe
encore chaud
il laisse
sur la peau
une trace
aussi légère qu’un jour
amoureux
moi ?
je ne cherche rien
je regarde
le mouvement des choses
je reprends la lenteur
oubliée

George Kamelakis
le monde
se déplie
là
où nos corps
ne pèsent presque
plus
un voile
un passage d’air
le jour hésite
le silence
est bien plus lumineux
que tout
ce qui nous est acquis

Jean Michel André
le cœur
change de rive
il ne serre plus
s’éloigne
il écoute la rumeur
des herbes
le vent clair
l’oiseau qui crie
il sait
désormais
qu’un passage
existe

Bruno Fert
le pas posé
sans témoin
la main laissée
ouverte
de quelque chose
qui ne promet rien
insiste
plus que le poing levé
ou des mots trop sûrs –
le souffle
au milieu de la nuit

Kile Thomson
un trait d’écume
se forme
sous nos pieds
un geste
sans mémoire
qui revient –
dis-tu
sans que le rivage
ne se lasse

Constantine Manos