Eva-Maria Berg

 

rabâcher

le poème qu’en est-il

de l’image

quand elle nage

toute trempée

se gonfle

se noie

épuisé

isolé mot

après mot

introuvable

privé de couleur

 

Eva-Maria Berg

(in la mémoire des branchies)

Une chambre à Milan

 

Peut-être je n’existe pas.

Je n’ai pas à remplir ma vie

d’objets, de trajets.

Je me souviens d’un autre à peine.

Ici il pleura, face contre terre,

ici, où je suis heure par heure,

un léger sifflement entre les balcons

et, derrière, la ville.

 

Léonardo Sinisgalli

Inge Morath & Saul Steinberg

(de) Eternité à coudre

 

Un écho       un

roman que trace

la roue   embruns

d’une lune

partage des étangs

et des chaumes.

Vous aurez été le

cœur de ce qui

n’a pas cru

je lavais votre

bouche

vous inquiétais

d’océans et

de rumeurs.

 

Esther Tellermann

Luis Tudela

 

Prison

 

Toutefois reste le vent dans les os

et le vent partout

lorsque la mer se retire

.             et que tu crois – mais un instant seulement ! –

que tout s’arrête là

et que tu fermes les yeux en attendant

de ce monde

ou d’un autre peut-être

un signe différent

.                     un réveil assuré

d’une possible béatitude, un jour

 

Roberto Veracini

Harry Gruyaert

 

Presque un souvenir


l’œil

boit

l’itinéraire

les voix

et les visages

il boit

l’instant passé

l’ombre

la lumière

il boit

l’innocence

les mots

et les larmes

blanches

  Pierro Percoco

(de) Neiges : on ne voit que dehors

 

Se laisser tel            à proximité du corps

         de l’autre du corps

– en avant des mots –


qu’en lui on ne voit rien

que si à l’étroit        on ne voit que dehors


et s’il s’ouvre           et reste ouvert

il ne signale que son parcours

comme il renouvelle la nuit


.                                              qu’il convoite

 

Pierre-Yves Soucy

Noah Wilson