L’eau du jour



le cœur

change de rive

il ne serre plus

s’éloigne

il écoute la rumeur

des herbes

le vent clair

l’oiseau qui crie

il sait

désormais

qu’un passage

existe

Bruno Fert

Où es-tu ?


Où es-tu :

Qui ?

Sous la lampe, entourée de noir, je te dispose :

En deux dimensions

Du noir tombe

Sous les angles. comme une poussière :

Image sans épaisseur voix sans épaisseur

La terre

qui te frotte

Le monde

dont plus rien ne te sépare

Sous la lampe, dans la nuit, entoure de noir, contre la

porte.


Jacques Roubaud

Elsa et Johanna

L’attente



le pas posé

sans témoin

la main laissée

ouverte

de quelque chose

qui ne promet rien

insiste

plus que le poing levé

ou des mots trop sûrs –

le souffle

au milieu de la nuit

Kile Thomson

En hiver




un trait d’écume

se forme

sous nos pieds

un geste

sans mémoire

qui revient –

dis-tu

sans que le rivage

ne se lasse

Constantine Manos

Muse / 8



imagine

que l’oiseau

revienne

et s’élève au-dessus

de nos têtes

imagine que le ciel

lentement

se reforme autour

de l’oiseau

et que toi

tu marches

au bord du vent

ta main

dans la sienne

Alex Fleming

Muse / 7



rien

ne sépare plus

la terre du vent

le souffle

de la source

tout se confond

désormais

dans la lumière

du matin

et nous –

de nous-même éperdus

marchons

hors de nos murs

innocents

Sophie Mabille

Muse / 6



un souffle

traverse

le silence de la terre

la lumière hésite

glisse

derrière les sommets blancs

c’est étrange – dis-tu

on dirait

que l’hiver se souvient

de nous

NC

(de) On est bien là



Ça paraît mort

fait le mort

Une simple encoche

Voir si le camélia rouge

aux branches nues et sèches

est là-dessous

encore vert vivant sous

les cendres apparentes


Clélie Lecuelle

Yann Gaillot

Muse / 5




nous dormons

sous mes paupières

nous marchons

sous les ailes du vent

nous effleurons

les buées d’automne

nous suivons

l’eau qui coule de nos mains

nous allons

plus loin que loin

nos yeux découvrent

la beauté du matin

Caroline Dufour