Ce qui tient


il y a ces mots

que je dis

à voix basse –


je me méfie

de moi-même


à l’instant même

où la bouche

les forme


comme si dire

était trahir


ce qui tenait

dans le silence

avant moi

Can Dagarslani

(de) Terre mentale

.

Je te cache

dans la pulsation.

.

Tu n’es plus.

Deux fois.

Noir

noir

entre les yeux

ne se détachait

de l’angle.

.

Esther Tellerman

Rosalind Fox Solomon

(de) De l’air

.

journée

le soir absorbe plus ou moins bien son poids

voilà tout

.

la mer n’aide pas on entend son bruit

de fond de mémoire sans cesse

sa lessive habituelle

.

continuer

pour quel plus loin d’air quel

espace encore à ouvrir

avec les dents les mains les mots

.

ne pas laisser comme c’est

.

Antoine Emaz

Francesco Roméro

(de) Journal du silence

.

Vendredi

Bureau, chaises et Mathilde en face.

Mathilde, 18 ans, intense inquiètante, sourcil noir épilé en une virgule arquée qui surmonte un regard brillant, fixe, étange. Un œil d’aigle. Il va falloir parler avec elle (Travailler avec les autres).

.

Avril Caumes

Ulrike Hannemann

Ne pas savoir est Bouddha



au soir

jusqu’à ressentir

ta main

lentement

caresser ma nuque

la lampe s’éteint –

la lumière

ne peut décider de tout

et voilà

que reprenant

le mantra qui a nourri

l’hiver –


mille fois la rivière

mille fois la rivière


mille fois la rivière


je souris

comme sourirait

un enfant

Caroline Dufour

(de) Poème de la confusion

.

vrac intérieur

un jour ordinaire

et son poids

utile

.

on fait ce qu’il faut

sans recul

le soir

on boit on dort

.

il n’y a pas d’erreur

c’est la vie

.

Antoine Emaz

Peter Riesett

 (de) Un bruit de verre en elle

.

une femme elle reste à la fenêtre elle ne

se jette pas par-dessus bord elle n’ouvre

pas elle regarde la vitre ou quelque chose

dehors derrière la vitre on n’en sait rien

elle ne dit rien de ce qu’elle voit est-ce

qu’elle voit seulement et puis son front

il est collé ça fait de la buée sur cette vitre

qui la sépare du monde

.

Albanne Gellé

Nick Mehedin

Podcast


çà et là

dans la buissaie

pavillonnaire

des chats

aux yeux dilatés

quelques épines sauvages

et l’acier brut des monstres

qui attendent la fin

du repas

Yiannis Hadjiaslanis

sans titre

.

te laisse œuvrer sans contrainte

à l’extrème du blanc

.

plus de ciel mensongé

plus de faiblesse

une veine de voix irrigue ton front

d’une eau nouvelle

.

tu surgis du bosquet de cendres

nu

.

aiguisé

.

Alain Brissiaud

Hélène Dorion

.

« J’ai compris que, si je m’engageais pour la vie dans ce chemin qu’était l’écriture, il ne s’agirait pas seulement de “faire des livres”, l’un après l’autre, mais que ce serait une manière d’apprendre à vivre, à être, à aimer – pour le dire banalement, mais sincèrement : à devenir un meilleur être humain –

Hélène Dorion