(de) Ciel sans prise

.

Je ne pouvais

plus dire

qui me veille

compte les clartés

qui épelle les

rêves et l’âme

            qui

assourdit

les offenses

            et les gris

qui encore

façonne

les surfaces.

.

Esther Tellerman

Tom Sandberg

Voyage d’hiver



un rivage

désert

dans l’à-vif du soir

de la lumière mouillée


les senteurs ocres

du planisphère

la pierre qui pousse

sous mes pieds

Erwin Olaf

(de) Noir tenir

.

comme si

attisée

par un souffle

soulevée

d’abord nuée légère

nébuleuse qui monte voltige s’éparpille

retombe

noir pollen

indécis

ondulé de frissons


                                    (j’imagine n’ayant vu)

.

Danièle Faugeras

Marcello Cammi

A distance


ce mot

qui attend

dans le pli

des lèvres

cette manière

de le dire

sans jamais

le prononcer

Jesse Boyd-Reid

Un soir



il pleut

dans la chambre


je pourrai

ouvrir la fenêtre

hurler –


« la mort est bleue

les femmes s’enfuient

avec la lune »


je ne le fais pas

Will Hooper

(de) * Extraits du corps – Bernard Noêl

Mots

.

« Je te perdrai comme on perd un clair

jour de fête : — je le disais à l’ombre

que tu étais dans le vide de la pièce — attentive

ma mémoire te chercha en ces années

florissantes un nom, une apparence : pourtant,

tu te dissiperas, et ce sera toujours l’oubli

de nous dans le monde. »

Tu regardais le jour

évanoui dans le crépuscule, je parlais

de la paix infinie que le soir

étend sur les fleuves à la campagne.

.

Alphonso Gatto

Lauren Baker

Soupçons

.

Embusquées à l’angle de l’aube
l’anxiété de ne pas te hisser
                    à hauteur de poème
la tentation du repli
        du lâche renoncement

Par effraction
        la lumière s’insinue
                au travers des persiennes
le crayon du soleil
                    déjà entre tes doigts

S’accorder
    à la croissance de la clarté
            sa vigueur intacte
avec les roses
te livrer au matin innocent

Sans jamais ignorer ni taire
        l’intarissable rumeur du monde
appels vociférations détresses et agonies
                poésie debout
                    sentinelle

.

Colette Nys-Mazure

Charlie Bobo

(de) Le miroir des solitudes

.

Car, à cet instant, tu le pressens,

La réalité n’est pas achevée,

Pas encore construite, et demande à l’être comme l’est

Un fruit ouvert, dont on peut goûter la saveur, connaître

Le plaisir ; au fond, tout n’attend de toi

Qu’une seule chose : que tu lui livres en toi

Ce passage charnel

Vers sa plus intime légèreté, son être musical ;

.

Christian Monginot

Franck Creber

Parc du Vernay



la branche

ploie

et l’oiseau disparaît

sans bruit

l’enfant reste

figé

trois doigts

pointés vers le ciel

Peter Hutchinson

Comme une trace vérité

.

Comme une trace vérité
Un grand trou noir

L’autre
Une empreinte
Cendre
Jamais éteinte

Désir de paix
Sur un sol muet

Profondeur de l’oubli

Aimer
À perpétuité

.

Michèle Gautard

Gilles Daoust