Le voyeur  

la table est mise

on s’assoit

une main se tend

il manque le pain

quelqu’un se lève

recule sa chaise

on passe les assiettes

les voix se resserrent

on dit peu de choses

la main revient

un visage surgit

à la fenêtre

la nuit reste dehors

Will Hooper

Jusqu’où dénouer ? (3/8)



tandis que l’œil

s’enfonce

dans le reflet de l’après

plus étroit

plus pâle

le défaut de mots tient

la douleur debout –

il faudrait

que le vent porte au loin

la vie d’avant

avec tous ces visages

rieurs

à jamais figés

sous la neige

Will Hopper

Au soir



la rue

ce soir-là

avec des lumières

et des airs de fête


tout se passe là-bas

des voix chantent derrière

les maisons


le ciel est en joie


par la fenêtre

j’en vois quelques-uns en bas

qui se dépêchent  


je pourrais

moi-aussi descendre

chanter à tue-tête  


« la mort est bleue

les femmes s’enfuient

avec la lune »


je ne le fais pas

Will Hooper

(de) * Extraits du corps – Bernard Noêl

Faux mouvement


le vent

disperse nos cendres

sous le ciel de septembre


une fenêtre claque

je sursaute


puis une voix

si proche

qu’elle semble venir

d’en dessous


je ne bouge pas –


la terre

se souvient sans doute

mieux que moi

Will Hooper