Une chambre à Milan

 

Peut-être je n’existe pas.

Je n’ai pas à remplir ma vie

d’objets, de trajets.

Je me souviens d’un autre à peine.

Ici il pleura, face contre terre,

ici, où je suis heure par heure,

un léger sifflement entre les balcons

et, derrière, la ville.

 

Léonardo Sinisgalli

Inge Morath & Saul Steinberg

Kodokushi



sur la feuille

j’écris –

« la maison

de la mort

est faite

pour la vie »

Boris Mikhailov

Presque un souvenir


l’œil

boit

l’itinéraire

les voix

et les visages

il boit

l’instant passé

l’ombre

la lumière

il boit

l’innocence

les mots

et les larmes

blanches

  Pierro Percoco

(de) Neiges : on ne voit que dehors

 

Se laisser tel            à proximité du corps

         de l’autre du corps

– en avant des mots –


qu’en lui on ne voit rien

que si à l’étroit        on ne voit que dehors


et s’il s’ouvre           et reste ouvert

il ne signale que son parcours

comme il renouvelle la nuit


.                                              qu’il convoite

 

Pierre-Yves Soucy

Noah Wilson

 

 

 

Pluie la nuit

 

Quelque chose ment que je t’ai perdue,

je le croirais presque.

Il fait maussade et de l’humilité tout plein.

Le cœur se cabre,

l’œil brûle.

De larme aucune.

En pleurs n’est que la nuit dehors.

Isolement.

 

Texte et image de Paul Klee

Poésie du chien


à l’heure dite

le vent effleure les pierres

une présence proche

rase le sol – sans doute

l’humeur lasse

d’une bête

et juste au-dessus

ces oiseaux noirs

comme figés

dans le ciel

le temps suspendu

ces longues bandes

de lumière

terrain-vague

imageMaude Schuyler Clay

Lettre

 

où es-tu ?

où sont  les promontoires de roses

la route qui traverse les flammes,

les crêtes parjures ?

où est la perle qui

se ferme comme une coquille

où sont les carnavals d’avant la fin du monde ?

où est l’astre victorieux sur le drapeau ?

où est le cœur du brouillard ?

où es-tu

Où sommes-nous ?

 

Bei Dao

William Hess