Je la vois


dans un songe

à peine

une poire

longue bleue

immobile presque

tourne autour d’un soleil

sans feu

tout au-dedans semble

vibrer – des voix peut-être

je ne ris pas

je regarde

ce fruit suspendu

quelqu’un l’a mis là

je ne sais

ni quand

ni comment

nous sortir

de cette image

Caroline Dufour

Jusqu’où dénouer ? (8/8)

assis

sur une chaise

immobile

le verbe usé

à force de rien – ce rien creux

sans fond

j’attends

que le silence me caresse le crâne –

aimer attendre ne sont qu’un seul geste

de l’autre côté d’un mur

une voix rit

je ferme les yeux

la femme que j’aime

n’est pas

ou n’a jamais été

peut-être

Tessa Traeger

Jusqu’où dénouer ? (7/8)



maintenant

je cherche un nom

à rebours

il flotte

entre deux silences

opaque

comme un linge

dans le vent

la main écrit toujours –

quelque chose

du pardon

cherche le passage

Bertrand Delai

Jusqu’où dénouer (5/8)


l’œil

silencieux

son sein

presque pierre

dans l’à-coup

collé à ma peau

l’air –

ni chaud ni froid

juste là

avec une main

dans la lumière qui lui creuse

le dos

Diana Markosian

(de) L’exil des renards


c’est danser qu’il faudrait

est-ce qu’on saura ?

est-ce qu’on saura

tomber un peu ?

laisser l’incertitude

remplir nos ventres

se tenir ne pas se tenir

entrer dans le vert

qui grandit derrière nous

mourir un peu et revenir

est-ce qu’on saura ?


Mira Wladir

Ana Vallejo

Jusqu’où dénouer ? (3/8)



tandis que l’œil

s’enfonce

dans le reflet de l’après

plus étroit

plus pâle

le défaut de mots tient

la douleur debout –

il faudrait

que le vent porte au loin

la vie d’avant

avec tous ces visages

rieurs

à jamais figés

sous la neige

Will Hopper

(de) Des falaises


jamais le cœur si grand

qu’en haut d’une falaise


la place pour qu’il s’étende

ouvre son ciel


plein soleil

plein vent


être à soi à l’autre

au monde


pleinement


Mélanie Leblanc

Bertrand Delai

Souviens-toi de demain


châteaux

de fer et nuits d’orage

artifices détrempés

esprits –

pareillement au songe

aliénés

sable poussière

nid de poussières

mots écornés

quoi d’autre

encore 

l’aube est silence

d’un conduit de fumée

les mot rougis d’une existence

passée

la peur

l’ambigüité – suis-je bien

celui que tu as aimé

?

Kati Dovelos

(de) Le noir au ciel

dans l’angle où on dort, une équerre de bois ferme le ciel, on écoute la nuit descendre dans la voix la plus basse, un souffle court dans les feuilles par l’herbe plaquée, couleur de bête morte, sous le temps qui penche disparaît un pays sans bruit, les mains serrent sur le drap le froid découpé vif dans la fenêtre, où on regarde on ne rejoint plus rien, on respire mal par les trous du sommeil, la lampe n’éclaire pas dehors, à peine un faisceau de gris aux bords rongés, et l’humidité des arbres, mais à portée des yeux le fil droit des rainures de sapin, la nuit de la fenêtre, plus noire dans le noir quand on allume la petite ampoule, une bête longe la barrière


Mary-Laure Zoss

Patxi Laskarai

Jusqu’où dénouer ? (1/8)


vitres claires

un oiseau –

échappée lente

dans le ciel tremblé

les branches nues

d’autres départs

en silence

comme si rien ne pesait

un couple passe

dans la lumière blanche

leurs rires

une lumière proche

ton visage – un instant

ta bouche

un mot inachevé

tout ce que novembre prend

sans rien retourner

Katya Kalyska