La coquille



je fouille

dans l’angle mort

de la coquille


j’y trouve

une mer encore vive


un soleil blanc

sur la peau


puis des corps

sur le sable

alignés

comme après la défaite


j’ignore

ce qu’ils attendent


le vent

qui se lève

emporte les cris

des oiseaux

Francesca Woodman

Sortilège



infrangible est

le récit où

je m’enferme chaque soir


je le connais

par cœur


même si

parfois

il manque quelques mots


comme il tient sans eux

je me dis

c’est lui qui raconte

Jason Decaires

L’arche


une arche

le vent

un ciel qui se penche


l’arche se fissure

le vent rit

le ciel se relève


je suis là

immobile


je ne peux ni aller

ni repartir


mes os claquent

dans le froid


ce qui vient

tient

à presque rien

SMITH

Les deux empires


Je ferme à demi les yeux

je tends une main

et je divise

d’un coté

il y a l’empire

de la fenêtre

de l’autre

l’empire

de la porte

de même le pape

après la découverte

de l’Amérique

a partagé le continent

entre Espagnols

et Portugais

mais je ne suis pas

le pape

je suis

qu’un pauvre type qui est seul

et regarde.


Alberto Moravia

Jean Munoz

(de) Creuser la nuit


Creuser

– seule loi, pour qui encor s’obstine

à désirer : l’espace autour de nous

a fondu, là-bas n’est plus

qu’au-dedans – seul

labyrinthe


Sylviane Dupuis

SMITH

(de) Tournoiements


seule avec toi

dans le silence vert

je respirerai au plus léger

l’invisible

Du fond des eaux frémira la lumière

Je te retrouverai


Roselyne Sibille

Trente Park

Circonstances – 1


le réverbère

froissant l’asphalte

la nuit hésite

à tomber

je sens tes doigts serrer

mon poignet

tu dis –

il faudrait voir

au creux des visages

ce que la lumière échoue

à faire exister

Jean Fautrier

(de) Poèmes du temps retrouvé


Une fois pour toutes

Tu as nommé

Le monde où je dois vivre

Chaque chose

Est signe

Avant d’être chair

L’arbre le blé

La vigne

Le sang des terres

M’emporte

Tu fus ma naissance

En toi

Ma mort aura lieu

J’écoute

Venir ta vie


Hélène Cadou

Ana Vallejo

Cendres (7/9)



la mer commence

son travail

d’effacement

elle polit

les angles du jour

et dans le mouton des vagues

esquisse un être –

ni image

ni oubli

que j’ai tant de mal

à reconnaître

après

je me laisse dire

non ce qui fut

mais ce qui nous manqua

toutes ces années-là

Claire Dias Lachèse

(de) Langue de chien


CES heures, sentiers noirs,

pendant lesquelles tu dors,

ces heures d’épines – tu dors,

tu dors – où, sentiers noirs,

sonnée, piquée, brûlée,

là –

j’entends tout.


Pendant ces heures où –

chardons sauvages

suis griffée, piquée

je me lève d’un bond,

sentiers boueux pendant que tu dors,

je crains, je cours –

j’entends Tout.


Dominique Maurizi

Jamie Campbell