Après ton départ



longtemps

je t’ai gardée

comme un ciel de braise

dans la bouche


tu ne brûlais pas

tu restais contre mes lèvres


tu m’offrais le goût

des premières lueurs


et si la nuit

faisait encore peau

tu te faisais jour

avant même que le matin

apparaisse

Erwin Olaf

Un chemin



Un chemin qui est un chemin

sans être un chemin

porte ce qui passe

et aussi ce qui ne passe pas


Ce qui passe est déjà passé

au moment où je le dis

Ce qui passera

je ne l’attends plus je ne l’atteins pas


Je tremble de nommer les choses

car chacune prend vie

et meurt à l’instant même

où je l’écris.


Moi-même je m’efface

comme les choses que je dis

dans un fort tumulte

de bruits, de cris.


Jean Tardieu

Erwin Olaf