Haruki Murakami

« Etre japonais, je ne sais pas ce que cela signifie. Je suis japonais de nationalité. Mes parents sont japonais. Je suis né ici. J’écris en japonais. J’aime les sushis… A part cela, je ne sais pas. J’ai découvert que j’étais japonais lorsque je vivais aux États-Unis où l’on me renvoyait sans cesse une image : celle « d’écrivain japonais ». Est-ce si important ? Sans doute la manière de penser, de regarder un paysage sont-elles marquées par une culture. Mais je ne pense pas que clarifier la différence soit si essentiel. C’est le message qui l’est – au-delà des particularités réelles ou supposées d’une appartenance culturelle. »

Haruki Murakami

(de) Matière solaire

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Le mur est blanc

et brusquement

sur le blanc du mur tombe la nuit.

Il y a un cheval proche du silence,

une pierre froide sur la bouche,

pierre aveuglée de sommeil.

Je t’aimerais si tu venais maintenant,

si tu penchais

ton visage sur le mien tellement pure

et tellement perdu.

O vie.

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Eugénio de Andrade

Image Jean-Christophe Philippi – Trinité février 2003

(de) Lettres à un jeune poète

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« Fuyez donc les grands thèmes pour ceux que vous offre votre quotidien : dites vos tristesses et vos désirs, vos idées fugitives et votre foi en une beauté, quelle qu’elle soit. Dites tout cela avec une sincérité profonde, sereine, humble et, pour vous exprimer, utilisez les choses qui vous entourent, les images de vos songes et les objets de vos souvenirs (…) Tâchez de ramener à la surface les sensations englouties de votre passé ; votre personnalité s’en trouvera affermie, votre solitude s’amplifiera, elle deviendra une demeure de pénombre qu’épargneront le bruit des autres. Et si de ce retour au plus profond de vous même, de cette plongée dans votre propre monde naissent des « vers », vous n’aurez plus l’idée de demander à quelqu’un si ces « vers » sont bons.  »

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Rainer Maria Rilke – Lettres à un jeune poète

Sur le quai

 

ce profil

sous la lueur froide

d’une lanterne

: on dirait le motif

d’un poisson couché

sur une porcelaine.

J’étire le cou

pour découvrir l’oreille

mais sous une mèche rouge

un puits plein de mots

inconnus

tv5

Image Michel Berberian

Vu d’ici,

 

la terre parait

endormie. Reste

une sorte de pavement

polychrome

balayé par les vents.

Avec de longs fils de soie

sur lesquels glissent

de petites chiures dorées.

Et le carré blanc à l’orée

du village ?

 

Sans doute un cimetière.

 

©  tv

Image Moebius (alias Jean Giraud)

Yosano Tekkan

 

yeux fixés

sur le cou d’un chameau

qui se tient immobile

moi aussi j’attends tranquillement

l’approche de mon heure

 

Yosano Tekkan

Image Miro