La chose – 7


dans l’a-vif

de la plaie

je deviens

peu à peu

ce que je redoute

l’hiver creuse la lumière

les jours s’en vont

mes yeux brûlent

à force

d’obstination

Janko Domsic

Le voyageur oublié


C’est la vie qui vous fait mourir,

Ecriviez-vous dans ce poème où tout
Demeure à vif : le crépitement des trolleys,
La nuque de l’amante à son miroir

Et jusqu’à la jeune morte sur son lit,
Tellement sage qu’on ne sait plus
Si c’est le temps qui passe ou nous
Qui passons à travers lui, les mains vides,

Comme un train somnambule à travers
La campagne endormie – et le voyageur
Oublié dans le creux de ses bras

Est un lac au soleil de midi, un lac
Que rien ne trouble, pas même le reflet
Du corps penché qui tremble dans la vitre.


Guy Goffette

Thérèse O’keffe

La chose – 8



plus tard

au bas du poème

une main écrira –


« de n’y jamais percer que soi »


je ferai

comme de rien –

d’ailleurs

il n’est pas sur

que l’absence préfigure

la raison d’être

mais

je lirai ces mots

jusqu’à les faire

miens

Brigitte Perez

(de) Aux Aresquiers


je ne suis pas là non plus c’est vrai

alors je peux l’écrire


tu ne reviendras pas


je t’écris pour te dire à quel point enfin je sais

tu ne reviendras pas


Eric Sautou

Katrina Servoni

La chose – 6



la main sur la rampe

l’escalier qui plonge

dans la rue

les visages

les voix

la lumière du jour

ce que la main effleure

ou le matin entrouvre

tout cela –

vois-tu

ce n’est pas une vie


Gaétan Chambon

(de) Epiphanies de l’ange


Et pour toute la vie

obsédant d’un non

qu’on a dit, l’aube inconnue

d’une autre absence et toujours

ce souffle intérieur, qui ronge

les os plus encore que n’importe quel

tourment, dans le vide de ton

nom, lente langueur


Roberto Veracini

Alice Attie

(de) Allegretto Quieto


Enfermé tout l’hiver

Mon jardin est revenu

Dans sa jarre j’ai trouvé

Le visage des fleurs

Elles sont l’âme du oui

Que nos corps aiment.


Véronique Wautier

Julia Tatarchenko

La chose – 5


mémoire

d’une forme

qui ne doit rien

au regard

nos ombres

si légères

qu’un souffle

pourrait les verser

en arrière

Markus Akesson

La chose – 4


l’or du matin

dissipe les visages

de la nuit

je reviens

vers ce qui tremble

la main

pour appui

le souffle

encore tiède

je bois le silence

jusqu’au vertige

Franciam Charlot

* Haruki Murakami

(de) Dans la splendeur de la nuit


Je me demande quel

lien existe-t-il entre le

poète Li Po et le cobra ?

Plus mystérieux encore

est ce rapport étrange

avec le chiffre 5.



Si j’avais

tout

compris

ça ne

serait pas de la

poésie


Dany Laferrière