Cendres (5/9)



A FORCE DE RIEN

l’œil retrouve le songe

dans sa fixité

il le remonte


dans le sens inverse

de la fuite

du courant *


pour y celer –

une bonne fois pour toutes

l’absence

Suzuki Mayumi

* Danièle Faugeras

La tour de la grue jaune



Le céleste est parti voici longtemps,

Chevauchant la célèbre grue jeune.

De la légende rien ne demeure, sinon

La tour de la grue jaune.

La grue jaune s’en est allée sans espoir de retour

Vers les nuages blancs dérivant,

Sur des milliers d’années.

Le reflet des arbres verdoyants de Wuhan

Si clairs dans les vagues luisantes du soleil,

L’herbe grasse de l’ile du perroquet

Au crépuscule – où est ma maison ?

La brume mêlée de fumées sur le fleuve

Ajoute au regret

Cui Hao

Armand Schultes

Cendres (4/9)


DANS L’ERRANCE

l’œil troublé

j’implore

un signe

un geste

un reste de souflle

quelque chose pour te figurer

car dans ce qui reste –

vois-tu

tu n’as qu’un âge

tu souris

et tu ne portes jamais

d’ombre

Caroline Dufour

(de) Peau



on marche dans le jardin


il y a peu à dire


seulement voir la lumière

sur la haie de fusains


un reste de pluie brille

sur les feuilles de lierre


Antoine Emaz

Anthony MOREL

(de) Ancestrale


Je ne savais pas que le fond

n’est pas noir

que le jour

n’est pas blanc

que la lumière est

aveugle

et que s’arrêter c’est courir

encore plus


Goliarda Sapienza

Ludwig Nikulski

Cendres (3/9)


SON REGARD SE VOILE

et aussitôt

nos voix cessent

je scrute

le blanc de la chambre

jusqu’aux montagnes

par la fenêtre

autour du lit

les anges assis

sourient

plus tard –

ou après

j’écrirai


Chemins, à demi – les plus longs*

Nek Chand


* Paul Célan

Cendres (2/9)


DANS LA BÉANCE

lieu saturé

de cris

et de couleurs

vivent

au bord même de l’effacement

les monstres de laideur

ils sont

selon

dedans

dehors

ou pas

ils sucent – dis-tu

le blanc de nos silences

ils attendent

muets

l’heure qui renonce

Jean-Pierre Cobra

Cosmonaute



sous

une forme grise

et oblongue –

une rangée de rivets

pointe par le côté

flotte le casque

d’un scaphandre

on y aperçoit

un visage qui rit

sous verre

et plus bas

écrit à la main

on peut lire ceci –

l’univers ne répondra

jamais

Armand Schultess

(de) L’enfant de la falaise


y a-t-il encore, toujours, une enfance au-devant de nous ?

l’enfant peut-il guérir de la douleur d’aimer ?

il dessine une plaine qui s’évase et ravit au loin l’image d’une montagne

les pieds dans l’herbe bleue et l’eau froide fuyante

l’enfant rêve une errance

parfois les mots s’effondrent et le monde vacille

et la cité de verre, de fer, de béton, de fumées traverse et troue le corps de l’enfant déchiré


François Coudray

Claire Dias Lachèse