A FORCE DE RIEN
l’œil retrouve le songe
dans sa fixité
il le remonte
dans le sens inverse
de la fuite
du courant *
pour y celer –
une bonne fois pour toutes
l’absence

Suzuki Mayumi
* Danièle Faugeras
Le céleste est parti voici longtemps,
Chevauchant la célèbre grue jeune.
De la légende rien ne demeure, sinon
La tour de la grue jaune.
La grue jaune s’en est allée sans espoir de retour
Vers les nuages blancs dérivant,
Sur des milliers d’années.
Le reflet des arbres verdoyants de Wuhan
Si clairs dans les vagues luisantes du soleil,
L’herbe grasse de l’ile du perroquet
Au crépuscule – où est ma maison ?
La brume mêlée de fumées sur le fleuve
Ajoute au regret
Cui Hao
Armand Schultes
DANS L’ERRANCE
l’œil troublé
j’implore
un signe
un geste
un reste de souflle
quelque chose pour te figurer
car dans ce qui reste –
vois-tu
tu n’as qu’un âge
tu souris
et tu ne portes jamais
d’ombre

on marche dans le jardin
il y a peu à dire
seulement voir la lumière
sur la haie de fusains
un reste de pluie brille
sur les feuilles de lierre
Antoine Emaz
Anthony MOREL
Je ne savais pas que le fond
n’est pas noir
que le jour
n’est pas blanc
que la lumière est
aveugle
et que s’arrêter c’est courir
encore plus
Goliarda Sapienza
Ludwig Nikulski
y a-t-il encore, toujours, une enfance au-devant de nous ?
l’enfant peut-il guérir de la douleur d’aimer ?
il dessine une plaine qui s’évase et ravit au loin l’image d’une montagne
les pieds dans l’herbe bleue et l’eau froide fuyante
l’enfant rêve une errance
parfois les mots s’effondrent et le monde vacille
et la cité de verre, de fer, de béton, de fumées traverse et troue le corps de l’enfant déchiré
François Coudray
Claire Dias Lachèse