ce bout de route
devant moi
plus proche de la nuit
la vraie
la véridique
l’incontournable
je ralentis le pas
je fais semblant
d’admirer le paysage
ruse de vivant
Abdellatif Laâbi
Ed Van der Elsken
collection de poèmes pris au hasard (ou presque)
ce bout de route
devant moi
plus proche de la nuit
la vraie
la véridique
l’incontournable
je ralentis le pas
je fais semblant
d’admirer le paysage
ruse de vivant
Abdellatif Laâbi
Ed Van der Elsken
ce que je veux
je ne le sais pas
je sais seulement que je rêve
que le rêve me fait vie
et que je plane dans un nuage
je sais seulement que j’aime
humains montagnes jardins la mer
je sais seulement
que beaucoup de morts habitent en moi
je bois mes instants
je sais
seulement
que c’est le jeu du temps
haut et bas
derrière tous les mots le silence
qui bat
Rose Ausländer
Rien, rien du tout
est né,
meurt, le coquillage dit encore
et encore
depuis la profondeur des creux de rocher.
Son corps
balayé par la saison – donc quoi ?
Il dort
dans le sable, séchant à la lumière du soleil,
se baignant
à la clarté lunaire. Rien à faire
avec la mer
ou quelque chose d’autre. Dessus
et dessus
Shinkichi Takahashi
alors j’ai pensé au mot destruction
et à tout ce qu’il faudrait rassembler
(été, jazz, corps à corps et tango,
immensité, jardin, rivage et quelques
insectes)
pour éviter de voir
son propre corps à très grande vitesse
recomposer croisant les certitudes
la nuit puis chaque nuit encore la nuit
Nicolas Brossard
Partir pour
l’endroit
du silence,
pour le soleil
qui aujourd’hui
délaisse le bruit,
la vieille vantardise.
Trouver,
finir maintenant par trouver
où ils sont partis en courant,
ceux qui étaient ici
calmes et intrépides,
dans quels chorus, quels mirages
il est vain de les chercher.
Ilse Aichinger
j’entrouvre le rideau
dans le ventre céleste
où nos sangs d’humains se mêlent
je marche vers la cuisine
toujours ce même rêve
d’embrasser l’insatiable sans y perdre le vent
et je pense à la mer
étendue et ouverte
sauvage et pleine d’ombre
(texte et image)
Si pure
la lumière
éclabousse le monde
M’y fondre
serait vivre
enfin
dans la beauté du rien.
Colette GIBELIN
Alejandra Laviada