Peu de chose, rien qui chasse
l’effroi de perdre l’espace
est laissé à l’âme errante
Mais peut-être, plus légère
incertaine qu’elle dure,
est-elle celle qui chante
avec la voix la plus pure
les distances de la terre
Philippe Jacotet
collection de poèmes pris au hasard (ou presque)
tu penches la tête et passes la porte : au-delà du seuil, le monde respire
de visions, une onde impatiente qui charrie les odeurs des maisons,
humidité, rouille, cendre, essence, âges qui tournent au brun
les yeux survolent les têtes penchées sur les tables, la main sur le téléphone
on s’arrête au bar dans la matinée, le froid chante, la peau
reflète l’absence de geste
des caillots de lumière deviennent formes d’un doux sourire
enfoui
l’espace
s’organise
en une étrange abstraction
un remuement
de matière et de glaise
dans l’air blanc
du matin.
Marie-Josée Christien
Hachuré, le jour :
haché.
Pourtant s’infiltre,
Rebelle, éraflé.
La lumière du jour.
Lourdement pèse,
Plurielle,
Non encore levée,
La herse de l’ombre
Pierre Chappuis
Toutefois reste le vent dans les os
et le vent partout
lorsque la mer se retire
. et que tu crois – mais un instant seulement ! –
que tout s’arrête là
et que tu fermes les yeux en attendant
de ce monde
ou d’un autre peut-être
un signe différent
. un réveil assuré
d’une possible béatitude, un jour
Roberto Veracini
Quelque chose ment que je t’ai perdue,
je le croirais presque.
Il fait maussade et de l’humilité tout plein.
Le cœur se cabre,
l’œil brûle.
De larme aucune.
En pleurs n’est que la nuit dehors.
Isolement.
Texte et image de Paul Klee
où es-tu ?
où sont les promontoires de roses
la route qui traverse les flammes,
les crêtes parjures ?
où est la perle qui
se ferme comme une coquille
où sont les carnavals d’avant la fin du monde ?
où est l’astre victorieux sur le drapeau ?
où est le cœur du brouillard ?
où es-tu
Où sommes-nous ?
Bei Dao