Mer

.

Tu es là

sur l’autre chaise.

Tu vis le monde à part

à l’autre bout de la table

Ton  regard est là-bas,

tes voix sont

des oiseaux qui reviennent

de la mer de là-bas,

tes mains jouent sur la table

nomades infatigables

de cette étendue bleue.

Je fais du morse,

des signaux de fumée

je lance une bouteille

au bord de cette mer

je lance mes troupes

conquérir

les terres saintes

j’allume les braises

du même rêve.

Mais toi tu es si loin

au bout de tant de mer accumulée.

.

Victor Manuel Mendiola

Malcolm T. Liepke

(de) Inventaire

.

plusieurs

ce qu’il en reste

celle qui est là et l’autre – toi peut-être aussi – et

moi moi

cercle sur cercle

solide chaos

.

il n’y a plus ni surface ni fond

et nos silhouettes se baignent blafardes

rien à signaler

– y suis-je encore sans suite

enfant perdue faille trou dans l’archive

.

Denise Desautels

Maite Gerrero

Repos

.

finalement tu atteins

le dimanche où sont amarrés des nuages

.

repos, tout comme d’un mensonge

se méfier des regards à l’affut

.

il joue sur le clavier

jours blancs et nuits noires

.

joue demain

cette chaine du bonheur

.

la mort libérée de l’ombre

verrouille le ciel

.

Bei Dao

Alex Veledzimovich

(de) Phrases pour un orage

.

On n’est pas heureux

Sous l’azur fragile.

.

En ce jardin je sais je ne sais quoi.

Les feuilles sont un peu plus larges,

Un peu moins vertes que leur nom.

.

L’azur enfante l’ombre

(Le fruit de sa pourriture).

.

La terre aborde son silence

Qui l’attendait.

.

Jean Tortel

Jordi Ruiz Cicera

(de)  Boue

XIX

.

assez longtemps après

ce ne sont plus les dessins qui viennent

mais le bleu

.

vrai

il ne servirait à rien de retourner

.

il ne sert à rien même

de se retourner

encore

.

encore que

les arbres oui peut-être les arbres

le double platane

peut-être

le vent ou le rien des ces soirs

dans la vitre et cet espèce de calme

intense

.

Ce fouillis de feuilles

.

de quoi fait-il vraiment

se souvenir

on se demande

.

Antoine Emaz

(de) Le ciel brûle

.

La guerre, la guerre ! – Encens et icones –

Les éperons jacassent,

Mais je n’ai rien à faire ni du tsar

Ni des querelles des peuples.

.

Comme sur une corde fêlée

Je danse – petit danseur.

Je suis l’ombre d’une ombre. Je suis lunaire

De deux sombres lunes.

.

16 juillet 1914

Maria Tsvétaieva

(de) Poésie verticale

.

Une vitre opaque dérange parfois la matière du monde

 élague le rêve du regard

et nous fait toucher ce que nous ne voyons pas

.

La réalité se concentre alors sur un insecte

apparemment exclu,

sur sa mort sans style,

sur le calice inerte de sa minime histoire.

.

La réalité s’égoutte,

patiente distillation

qui mouille la vitre opaque

et aussi nos doigts.

.

La réalité est une histoire

minime et voilée.

.

Roberto Juarroz

Dan Mattews

(de) La mort à distance

.

J’ai cru qu’on m’appelait

par mon nom

.

qu’on me tendait une main

mais c’était moi marchant

avec moi

.

nulle part au monde

.

Claude Estéban

Ataa Oko

(de) Renverse du souffle

.

TENIR DEBOUT, dans l’ombre

du stigmate des blessures en l’air.

.

Tenir-debout-pour-personne-et-pour-rien.

Non reconnu,

pour toi

seul.

.

Avec tout ce qui a ici de l’espace,

et même sans parole

.

Paul Célan

Willem Van Genk

Le thé

.

tu n’as plus soif

ni faim

ni même peur

tu n’auras rien

.

le geste précis

de l’eau

du feu

et de l’homme

te sauvera

.

tu ne seras pas l’eau

ni le jeu

tu ne seras même plus l’homme

tu

seras le miracle

peut-être même le miraculé

.

tu seras celui qui revient

le revenant

.

Arezki Metref

Jean Louis Saiz