Un chemin



Un chemin qui est un chemin

sans être un chemin

porte ce qui passe

et aussi ce qui ne passe pas


Ce qui passe est déjà passé

au moment où je le dis

Ce qui passera

je ne l’attends plus je ne l’atteins pas


Je tremble de nommer les choses

car chacune prend vie

et meurt à l’instant même

où je l’écris.


Moi-même je m’efface

comme les choses que je dis

dans un fort tumulte

de bruits, de cris.


Jean Tardieu

Erwin Olaf

Amour de Chichen-Itza



Mosaïque des champs de maïs

les épis poussent dorés par la lumière


Dans l’escalier

ses pas réveillent les flamboyants


Cœur de feu,

pétales couchés par le soleil


Le sang monte des talons

jusqu’à la fleur des cheveux


Alberto Blanco

François Baron Renouard

(de) Sombre ménagerie



Je me souviens

de poèmes sauvages

peu nombreux

telles des plantes nouées

qui naissent

sous la véranda

je les récite

sans bouger les lèvres

sous l’eau

ma peau a changé

je ne crois pas aux baisers



Elise Turcotte

Caroline Dufour

(de) Selon les sources


Il y a longtemps

nous fumes

avec la chevelure

et le serpent.

Nous avions inventé

des fables

superposé

les promesses

célébré l’alliance

voulu peindre

l’encre et le rose


Esther Tellerman

Dominique Cahier

EN UN LIEU POUR SE FUIR




Espace. Grande attente.

Nul ne vient. Cette ombre.

Lui donner comme ils font tous :

des significations sombres,

non effarées.

Espace. Silence ardent.

Que se donnent-elles entre elles les ombres ?


Alejandra Pizarnik

Trent Parke

(de) Ile royale



Profond dans la

roche qui

fossilise –

plus là –

le vent continue de bouger,

les orignaux poursuivent leur chemin,

les oiseaux atterrissent, et s’en vont –

nuages, brouillard, jours ensoleillés –

tout s’enfonce lentement

dans la pierre –

vient le jour et nous avons disparu

(plus visibles –

– plus durs et plus bas –)


Gary Lawless

Florence Monmare

(de) Où se cache la soif


Simplement cette mare à l’odeur resserrée.


J’avance au bord des mots

jusqu’en ce petit corps à la narine large,

complice de la terre.


Voisine des racines,

la surface n’a rien du miroir.


Ce qui descend demeure.


Sabine Dewulf

Emeline Blanquet

Où es-tu ?


Où es-tu :

Qui ?

Sous la lampe, entourée de noir, je te dispose :

En deux dimensions

Du noir tombe

Sous les angles. comme une poussière :

Image sans épaisseur voix sans épaisseur

La terre

qui te frotte

Le monde

dont plus rien ne te sépare

Sous la lampe, dans la nuit, entoure de noir, contre la

porte.


Jacques Roubaud

Elsa et Johanna

(de) On est bien là



Ça paraît mort

fait le mort

Une simple encoche

Voir si le camélia rouge

aux branches nues et sèches

est là-dessous

encore vert vivant sous

les cendres apparentes


Clélie Lecuelle

Yann Gaillot